Une fois de plus, le mouvement des Gilets Jaunes nous aura surpris en ce sixième week-end de mobilisation consécutif. Pour la première fois à Rouen, les manifestants ont massivement manifesté et notre ville n’est pas un cas isolé. Si le ministère de l’intérieur n’en est plus à ses premiers mensonges, comment croire sérieusement à une mobilisation de 38 000 personnes sur tout le territoire ? Les images abondent de cortèges provinciaux massifs, et des rues de la capitale loin d’être désertes ! Retour sur la journée rouennaise.

Plus de 1000 personnes dès 10h

Jusqu’ici les gilets jaunes de la région concentraient chaque weekend leur force sur les blocages économiques. Les zones commerciales de Barentin et Tourville-la-Rivière ont en effet été les cibles de prédilection depuis le début du mouvement. Mais cette fois, pour l’acte VI, l’idée d’un rassemblement à Rouen avait circulé afin de rendre visible le mouvement et de contrebalancer l’omerta totale des médias.

Plus de 1000 gilets jaunes ont répondu à l’appel dès 10h devant la préfecture de Rouen. Ils viennent de toute la région : Barentin, Bernay, Fleury-Sur-Andelle, Tourville, Notre-Dame-De-Bondeville, Dieppe…

Le cortège s’élance alors à travers les rues de la ville. Les référents de différents points s’étaient mis d’accord sur un parcours qu’ils avaient, semble-t-il, communiqué aux forces de l’ordre, retirant toute l’intelligence collective spontanée qui fait la force de ce mouvement depuis ses débuts. Nous enmenant vers la rive gauche, c’est avec évidence et détermination que la majortié du cortège bifurque vers le centre-ville bourgeois en ce dernier week-end avant Noël.

Corps contre boucliers

La première tentative de s’engouffrer dans les ruelles se soldera pas une réponse violente des forces de l’ordre. Corps contre boulicers, la première ligne policière cède sous la pression et rétorque au gaz et tire au flashball. Une personne sera atteinte à bout portant dans la colonne vertébrale. Les Gilets Jaunes s’étant frayé un chemin aspergeront les forces de l’ordre à revers d’une peinture jaune fluorescente.

Le cortège se retrouvera finalement sur les quais de la rive droite, avec le gros des troupes. Après un grand tour de la ville en passant aux abords de l’Hôtel de Ville, les gilets jaunes parviennent à prendre de cours le dispositif débordé et à rentrer dans le centre. Des milliers de gilets jaunes scandent des slogans et font fermer les magasins un à un. Un escadron de gendarmes mobiles se met en place à l’intersection de la rue du Gros Horloge et de la rue Jeanne d’Arc de telle sorte à faire évacuer les GJ du centre.

Rien n’y fait, les manifestants stagnent à cette intersection, face à une rangée de boucliers. Par surprise, des passants (pas si passant pas que ça finalement) sortent et agitent des gilets jaunes. Emportés par un vent d’enthousiasme, les Gilets Jaunes forcent la ligne pour les rejoindre. Une fois de plus, des dizaines de personnes parviennent à percer la ligne et s’engouffrer dans la continuité de la rue du Gros Horloge et les forces de l’ordre répondent violemment. Ils gazent abondamment et tirent des balles de défense dans la rue la plus célèbre de Rouen, qui n’a pas dû connaître une telle scène depuis des lustres. Certains Gilets Jaunes inspirés des événements parisiens commencent un dépavage de la rue, aux pavés bien plus ergonomiques que ceux de la capitale.

La règle de base : éviter la rive gauche !

Le quartier rapidement encerclé, les différents groupes de manifestants se retrouvent au Théâtre des Arts et se font allègrement repoussés rive gauche. Sur leur chemin, des barricades sont érigées pour ralentir la progression des forces de l’ordre. Les expérimentés des manifestations rouennaises le savent, la rive gauche est un terrain de jeu beaucoup plus maîtrisable pour les policiers, avec ses grandes avenues et une population plus pauvre qu’il est moins gênant de gazer abondamment.

C’est finalement au niveau de la prison qu’une charge très brutale donna lieu à une nasse. Une personne blessée au flashball crache du sang. Un commissaire osera lui demander : « ça vous arrive souvent de cracher du sang? ». La fouille est humiliante, les policiers excécrables. Ils réussiront à effrayer une partie des manifestants qui rentreront directement chez eux.

Deuxième manche

Il est 14h et un autre point de rendez-vous avait circulé sur les réseaux sociaux à l’Hôtel de Ville. C’est à ce niveau qu’une fois de plus, près d’un millier de manifestants se retrouvent. De nouveau, les gilets jaunes déambulent en masse dans le centre-ville dans une chaude ambiance avec un dispositif policier bien moins visible. Il apparaît alors clairement que c’est la seule présence des forces de l’ordre qui provoque l’affrontement et place le niveau de violence. Les grandes enseignes ferment à l’approche du cortège. Un commissaire de police trop proche du cortège, livrant en temps réel les mouvements des GJ à ses collègues, prendra ses distances après avoir reçu un oeuf. Près de l’Hôtel de ville, un nouvel épisode d’affrontement se soldera par de nouveaux tirs de lacrymogène et flashballs.

C’est ainsi que les gilets jaunes arpenteront les rues hyper-commerciales du centre-ville huit heures durant. Certains manifestants cumuleront près de 20 kilomètres de marche sur la journée. L’ensemble des gilets jaunes ayant fait le déplacement semblait satisfaits d’une telle journée, d’un tel nombre et d’une telle détermination à ne pas se laisser mater par le dispositif de maintien de l’ordre.

Vers 18h, sur une charge très violence sur la place du Palais de Justice, les policiers siffleront la fin de la récré pour les derniers gilets jaunes recueillis autour d’une poubelle enflammée. Les GJ normands n’ont qu’une envie, réitérer l’expérience à la prochaine occasion venue !

IMPORTANT : Si vous connaissez des personnes blessées par la police, et que vous l’être vous même, contactez le collectif rouennais Face aux armes de la police pour tous conseils juridiques et autres besoins.