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ALERTE. L’attaque d’Exarcheia par le pouvoir grec a commencé.

ALERTE. La menace qui planait sur Exarchia depuis le début de l’été s’est abattue ce matin à l’aube sur le quartier. Nous retranscrivons ici, tel quel, le récit de Yannis Youlountas qui suit de près les événements sur place.

EXARCHEIA SOUS OCCUPATION POLICIÈRE

Le célèbre quartier rebelle et solidaire d’Athènes est complètement encerclé par d’énormes forces de police : de nombreux bus de CRS (MAT), des jeeps de la police antiterroriste (OPKE), des voltigeurs (DIAS), des membres de la police secrète (asfalitès), ainsi qu’un hélicoptère et plusieurs drones.

La plus grandes zone urbaine squattée en Europe

Lieu unique en Europe pour sa forte concentration de squats et d’autres espaces autogérés, mais aussi pour sa résistance contre la répression et sa solidarité avec les précaires et migrants, Exarcheia était dans le collimateur du gouvernement de droite depuis son élection le 7 juillet. Le nouveau premier ministre Kyriakos Mitsotakis en avait fait une affaire personnelle, d’autant plus qu’il avait été raillé début août pour ne pas avoir réussi à atteint son objectif de « nettoyer Exarcheia en un mois » comme il l’avait annoncé en grandes pompes.

Thomas Gravanis / © Culture Trip

Ce matin, 4 squats ont été évacués : Spirou Trikoupi 17, Transito, Rosa de Fon et Gare. L’offensive concerne pour l’instant la partie nord-ouest du quartier, à l’exception notable du squat Notara 26, réputé mieux gardé et très important symboliquement pour le quartier en tant que premier squat historique de la « crise des réfugiés » au centre ville d’Athènes.

On compte pour l’instant une centaine d’arrestations, ainsi que des agressions brutales contre des personnes tentant de filmer. Seuls les médias de masse au service du pouvoir ont l’autorisation de couvrir l’événement.

Au total, il y a 23 squats dans Exarcheia plus 26 autres autour du quartier, soit un total de 49 concentrés sur une zone assez petite. 49 squats auxquels il faut ajouter d’autres types de lieux autogérés, dont certains en location (Espace Social Libre Nosotros, magasin gratuit Skoros, etc.) ainsi que des dizaines de logements particuliers regroupant des groupes de militant.es, souvent près des terrasses pour permettre un accès au-dessus des rues.

Les réfugiés renvoyés dans des camps insalubres et surpeuplés

Sur les squats qui se trouvent précisément à l’intérieur d’Exarcheia, 12 sont des squats d’hébergement pour les réfugié.es et migrant.es et les 11 autres sont des squats de collectifs politiques anarchistes et antiautoritaires (même si la plupart des squats de réfugié.es sont aussi évidemment très politiques, à commencer par le Notara 26 et Spirou Trikoupi 17 avec des assemblées directes et beaucoup de liens avec le reste du mouvement social).

Dans les squats de Spirou Trikoupi 17 et Transito (que les valets du pouvoir sont maintenant en train de murer), plus d’une quinzaine d’enfants ont été arrachés à une existence paisible et heureuse pour être subitement envoyés dans des camps. Ces sinistres camps sont insalubres et surpeuplés, les migrant.es y sont mal nourri.es et souffrent des variations de températures, subissent des humiliations et parfois des tortures, et Mitsotakis exige de surcroît qu’ils soient tous bien fermés et, à l’avenir, complètement coupés du reste du territoire.

Le visage de l’Europe ne cesse de se durcir à l’instar de ce qui se passe également sur les autres continents. Cette évolution toujours plus autoritaire du capitalisme conduit à nous interroger sur ce qu’annonce l’ère actuelle : l’offensive contre les poches d’utopies couplée à l’enfermement des boucs émissaires rappelle des heures sombres de l’Histoire.

Le monde entier devient fasciste et la Grèce en est, une fois de plus, l’un des laboratoires.

Mais rien n’est fini. Septembre arrive bientôt. Les jobs saisonniers se terminent. Le mouvement social se rassemble et s’organise à nouveau. Des lieux comme le Notara 26 et le K*Vox sont sous haute surveillance. Des ripostes se préparent, ainsi que plusieurs grands événements mobilisateurs. L’automne sera chaud à Athènes.

Yannis Youlountas

Les soutiens français et étrangers dans le viseur

Suite à l’attaque du quartier rebelle et solidaire d’Athènes ce matin par une armada policière, la propagande se déploie abondamment sur toutes les chaînes de télévision grecques et vise particulièrement les solidaires venus de France.

À l’instant sur la chaîne de télé Skaï, le secrétaire du syndicat de la police vient de déclarer :

« Il ne suffit pas d’évacuer les squats et les gens qui s’y trouvent. Il faut aussi s’attaquer aux vrais responsables qui sont derrière tout ce qui se passe à Exarcheia : les militants politiques anarchistes et d’extrême-gauche, y compris des étrangers et tout particulièrement des Français. Par exemple, parmi les personnes arrêtées dans l’un des squats, il y a un Français qui avait déjà été arrêté précédemment. D’autres Français ont également été arrêtés par le passé à plusieurs reprises, notamment dans des émeutes avec des pierres ou des cocktails Molotov en main. Ces gens-là doivent être punis plus sévèrement dans nos tribunaux. Nous devons passer l’aspirateur partout pour bien nettoyer Exarcheia et ne pas oublier ceux qui sont la cause de tout ça.»

Arrestations arbitraires et sans motif

En réalité, la quasi-totalité des Français et des Belges arrêtés ces derniers jours l’ont été sans la moindre raison, au prétexte de contrôles d’identité qui ont mal tourné, parfois sous des coups de poing ou durant jusqu’à 4 jours de garde-à-vue (à cheval sur un samedi et un dimanche non comptés dans les 48 heures légales), par exemple pour des suspicions de faux-papiers français complètement infondées. Nos compagnons de luttes ont été menacés, violentés, humiliés et ont dû dormir jusqu’à 4 jours d’affilés à même le sol, sans matelas, dans une cellule surpeuplée. Tout ça pour être relâchés ensuite sans aucune poursuite, et pour cause !

Et puis, surtout, nos convois et nos films les ont bien énervés ces dernières années. Durant le dernier convoi solidaire, en mars, les médias du pouvoir sont allés jusqu’à raconter que nos 27 fourgons amenaient «des kalachnikovs à Rouvikonas»(2) en montrant carrément nos véhicules et nos plaques d’immatriculation au JT, au risque d’exciter contre nous les fascistes ! Quelques semaines plus tard, Yannis était agressé par des néonazis dans une embuscade au Pirée, à sa sortie d’un des lieux que nous soutenons. Et comble du culot, Skaï tv faisait partie des chaînes qui voulaient l’interviewer au lendemain de l’attaque ! Puis, c’était au tour de Vangelis Goumas, le journaliste de Star News au bout du fil, alors même que ce dernier avait salit publiquement nos actions quelques semaines auparavant !

Le vrai scandale ne vient pas de nous, mais de cette société

Nos armes ? Des couches, du lait infantile, du matériel médical, des ordinateurs et des appareils photos pour nos automédias, des photocopieuses pour Rouvikonas, des jouets, des produits d’hygiène, des outils et de l’aide pour bricoler, des livres dans toutes les langues et de la nourriture, beaucoup de nourriture ainsi que de l’argent pour en acheter localement, tant pour les grecs précaires que pour les migrants, indistinctement. Car pour nous il n’y a pas d’étranger sur Terre.

Non, nous ne sommes ni Français, ni Belges, ni Grecs, ni Allemands, ni Syriens, ni Iraniens, ni Érythréens, ni Suisses, ni Kurdes, ni Espagnols, ni Afghans, mais seulement humains, solidaires et amoureux de la vie à défendre, de la vie à sauver, de la vie à libérer. Le vrai scandale ne vient pas de nous, mais de cette société qui, partout, en Grèce comme ailleurs, piétine les plus pauvres, les plus fragiles, les plus vulnérables.

Si l’état grec ou l’état français veut nous juger pour nos actes, qu’il vienne avec sa police et ses juges : il sera ridicule, car nous aurons beaucoup à raconter sur ses agissements minables et sur la légitimité de nos luttes.

Nous n’avons ni peur des ruines ni de ceux qui les saccagent. Car « nous portons un monde nouveau dans nos cœurs.»

 

Maud

 

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