Aujourd’hui, mardi 22 mai, a eu lieu la manifestation appelée par la fonction publique : la « grosse » date annoncée depuis celle du 19 avril dernier. Sous un soleil accablant, plusieurs milliers de personnes ont arpenté les rues de Rouen sur le parcours habituel cours clémenceau-rue de la république-rue jean lecanuet-préfecture. La banderole de l’inter-syndicale de tête était suivie de près par une centaine de jeunes, cheminots et précaires. Certains étaient munis d’une banderole « Refugees Welcome » en référence à l’occupation des exilés et d’autres de « Facs, ZAD, exilés, sans-abris : non aux expulsions ! » rappelant la multitude des fronts sur lesquels le gouvernement est en train de nous bolosser méticuleusement.

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La manifestation s’est déroulée dans un calme plutôt plat, perturbée par la sono et les chants redondants des syndicalistes à nous en faire déprimer. Pas de surprise, pas de surgissement, pas même un fumigène ou un pétard de voie. Une simple tentative de dévier vers la gare, écourtée par une réaction immédiate des forces de l’ordre, aura permis de réveiller un peu les troupes et d’envoyer un signal aux quelques cheminots déterminés de la tête de cortège.

Des manifs comme celles-ci, ça ne peut plus durer. Le chauffeur-de-manif au micro nous le disait en off : « Pourquoi chanter ça va péter? » pendant que d’autres repartaient avec un sourire ironique : « C’est sûr qu’avec ce genre de manif, on aura 10 000 postes de fonctionnaires en plus, le retrait de la loi travail et du nouveau statut des cheminots ». On pourra toujours se gargariser du nombre plus ou moins satisfaisant de manifestants, il en reste que ce genre de manif pue la déprime. La bonne nouvelle du jour : cela semble être un constat massivement partagé.

Au palmarès des symptômes indéfectibles qui touchent le mouvement social à Rouen :

– Les dates saute-mouton, à savoir une seule par mois en 2018. Dans l’intervalle : le mouvement s’essoufle, la jeunesse se démobilise, on reprend le travail… Reste la grève de quelques secteurs épuisés mais combattifs, auxquels il incombe le soin de maintenir la flamme pendant ces longs intermèdes.

– La prétention des uns à voir dans chacun de leur micro-parti le destin de la classe ouvrière – d’où s’en suivent méfiance et sectarisme. L’acharnement des autres à imposer leur hégémonie sur le mouvement – en verrouillant les processus décisionnels et en freinant des quatre fers à tout bout de champ.

– Les accointances entre les organisateurs des manifestations et la préfecture, les premiers s’assurant la mise au ban des trublions qui auraient la mauvaise idée de ternir leur image éléctorale, la seconde s’assurant que rien ne dépasse et que le travail de la police soit un peu délégué au bon bénévolat générale.

D’autres formes que le défilé pacifié sont envisageables pour porter la conflictualité dans la rue, mais ils n’adviennent pas par magie. Si ces formes surgissent, c’est qu’elles sont provoquées, organisées. Ce qu’il manque cruellement, c’est un espace où différentes réalitées du mouvement social puissent s’organiser et penser ensemble des manières d’apparaître dans la rue, sur des piquets de grève ou des actions. En ce cinquantième anniversaire de mai 68, des exemples historiques ont beaucoup à nous apprendre. Sur le reste du territoire, à l’image du Comité d’Action Nantais, de l’Initiative pour la Convergence des Luttes à Caen ou des liaisons Cheminots-Postiers-Etudiants sur Rennes et Paris, des pistes sont praticables.