Lundi 25 septembre 2017, à l’appel des syndicats de transports routiers, des actions de blocage ont été menées sur tout le territoire. Celles qui n’ont été pas anticipées et écourtées par les forces de l’ordre tôt dans la matinée ont connu le même sort en fin de journée, avant qu’elles ne parviennent à nuire sérieusement.

A Rouen, ce sont les dépôts de carburant Rubis amont et aval qui ont été la cible d’actions de blocage menées en commun par les routiers grévistes, le Front Social, des précaires et des jeunes du collectif Inter-luttes Rouen. Les forces de l’ordre (informées par leurs agents du renseignement présents sur place, à qui il serait bon de ne pas payer le café à l’avenir) sont intervenues en fin de journée et ont mis fin au piquet de grève.

Dans la foulée, en AG de lutte, le blocage du rond-point des vaches a été organisé pour le lendemain matin. De nouveau, une quarantaine de personnes de même composition se sont retrouvées pour distribuer des milliers de tracts aux routiers bloqués. Les forces de l’ordre sont intervenues très rapidement, et c’est la première fois depuis longtemps, qu’elles mettent fin à une action de blocage filtrant/tractage syndical. Une action similaire a de nouveau été organisé sur un rond-point de la Sud 3 le 28 septembre au matin.

On assiste à deux phénomènes notables : les syndicats ne cessent d’éprouver leur faiblesse, ne parviennent pas à mobiliser massivement et le nombre de grévistes est inquiétant. On peut l’expliquer à la fois par les pertes de salaire trop récentes qu’ont provoqué les journées de grève du printemps 2016, par la stratégie de division et d’étalement opérée par le gouvernement et relayée par les directions syndicales et on l’explique aussi par la multiplication des dispositifs internes à l’organisation du travail réduisant la grève à un geste individuel soumis aux représailles hiérarchiques.

De plus, les grévistes à l’initiative lors des différentes actions (Rubis et les deux blocages de rond-point) n’ont pas bénéficié suffisamment de soutien et de relais de la part des organisations à une échelle locale, départementale, voire nationale, et que, malgré les appels qui circulent, aucune section syndicale autre que celles de routiers (à l’initiative) ne fait le geste de venir à ces actions, d’y entraîner au moins un peu de militants.

Du Front Social aux sections syndicales preneuses d’initiatives, on assiste à la séparation, pour ne pas dire à la rupture, entre la base syndicale combative et ses directions. C’est un phénomène qui, de toute évidence, n’ira qu’en s’amplifiant. Les tractations entre têtes de gondoles syndicales et interlocuteurs du gouvernement, découlant systématiquement sur des compromis décevants, ont trop souvent mis fin aux actions avant qu’elles ne deviennent réellement gênantes. La base en prend désormais acte.

L’absence de soutien « officiel » n’est un frein que si on pense qu’il est indispensable pour faire ce qu’on pense pourtant pertinent : tenter à notre échelle d’organiser des actions qui popularisent l’idée du mouvement d’ensemble et de la nécessité d’en découdre avec ce gouvernement et, au final, le mettre en échec.

Le deuxième phénomène notable, c’est qu’une part toujours plus croissantes de « jeunes », « non-syndiqués » et autres « précaires » apportent leur soutien sur ce type d’actions qui apparaissent, en parallèle des « cortèges de tête », une de leur possibilité de lutter. Ils interviennent moins comme une force d’appui que comme une composante réelle de ces formes de lutte, décloisonnant leur caractère uniquement sectoriel ou syndical. Ce n’est pas contre leur condition de précarité (elle-même toujours plus précaire) qu’ils luttent, mais à partir d’elle dans la perspective d’une remise en question totale de la logique gouvernementale. Ils incarnent la possibilité d’une lutte généralisée, au-delà des revendications salariales.

Ces deux composantes de la lutte ne peuvent rester isolées les unes des autres et doivent se retrouver sur une tactique commune. Les prochaines dates seront l’opportunité de dépassements pour la naissance de ce mouvement. Les syndicats de routiers, de cheminots et de la fonction publique convergent. Cette unité syndicale sur un cahier de revendications communes ne s’était pas manifestée sous les deux quinquennats précédents. Les attaques du gouvernement sur les APL et sur l’allocation versée aux parents de jeunes enfants ne manquera pas de mobiliser les jeunes et les précaires. La dilution définitive des mesures de l’état d’urgence dans le droit commun drainera au-delà du monde salarié.

Tout niquer pour commencer, tout bloquer pour avancer. Cette fois c’est la bonne.