« ZAD DE ROUEN : Pourquoi on entend plus parler de ce qui ce que construit le collectif ZAD de Rouen sur la ZAD . Réponse : « ils sont nombreux et motivés » Acculés par l’AG du mouvement à communiquer sur les dynamiques du collectif, des membres présents sur la ZAD cet été ont publié le texte suivant dans le ZAD News (Journal hebdomadaire distribué dans tous les lieux de la zone dans lequel n’importe qui peut publier des textes, annonces, nouvelles, appels et autres).

Rappel historique

Octobre 2012, en pleine opération César, des dizaines de collectifs de soutien se montent partout en France bien au-delà de la Loire-Altantique. C’est ainsi que le comité de Rouen voit le jour. Les rencontres hebdomadaires d’un groupe hétérogène et plein d’énergies permettent l’organisation de discussions publiques, d’actions de soutien en ville (péages et parkings gratuits, parloirs sauvages devant la prison, banquets en centre-ville etc.) et de multiples déplacements collectifs pour venir défendre la ZAD. Suite à notre rencontre avec les habitants de Bellevue et du Liminbout, ainsi que de la sursaturation des lieux d’accueil sur la zone, du nombre de notre collectif et de nos implications, nous construisons en 2013 « Pui plu ». Camouflée à l’orée du bois, elle est située stratégiquement à égal distance entre les deux lieux historiques cités précédemment. Nous répondrons parallèlement à l’appel à « occuper » la Chateigne suite à la manifestation de réoccupation de novembre 2012. C’est ainsi que nous organisions une semaine d’actions et de présentation sur le thème « Comment se défendre face à la police ? » parsemées de discussions, d’ateliers d’outils de défense, d’une émission de radio, d’un grand jeu de déplacement tactique et d’un concert dans différents lieux de la zone.

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Mettre en échec une opération policière d’une telle ampleur, soustraire au territoire républicain une zone si vaste et par là-même laisser place à une expérience révolutionnaire si intense nous ont poussé à propager et faire raisonner hors de ses frontières l’imaginaire politique et les possibilités qu’ont ouvertes la ZAD. C’est ainsi que fin 2013, alors que les menaces d’expulsion imminentes sur la zone s’estompent et après maintes discussions, nous décidons d’occuper un bâtiment sur Rouen, baptisé le « Bamville ». Il hébergera différentes discussions publiques et soirées de soutien ainsi qu’un inter-comité national. Le collectif fut également très impliqué dans le mouvement de contestation qui a suivi la mort de Rémi Fraisse. La place du palais de justice en plein centre-ville de Rouen fut occupée durant 3 jours, insufflant de nouveau l’idée d’une ZAD partout.Depuis, nous sommes attachés à l’existence du collectif en ville comme « porte d’entrée » vers la zone et comme réseau de solidarité à réactiver en cas de menace d’expulsion.

Actualité et projets

– Hulotte et jardin

En 2016 quelques personnes du collectif décident finalement de s’installer sur la ZAD. Le nouveau souffle produit par le mouvement « loi travail » ainsi que la rencontre avec les collectifs drômois et lillois lors des menaces d’expulsion d’octobre 2016, nous ont poussé à construire une cabane collective suffisamment grande pour nous accueillir lors de nos nombreux allers et venus. C’est en décembre 2016 que la Hulotte voit le jour accompagnée d’un projet maréchage. Pris dans le processus « Sème ta ZAD », il nous permet de penser notre autonomie alimentaire sur les périodes de chantier ou en cas d’expulsion, et à moyen terme de ravitailler des piquets de grève et autres zones de lutte.

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– Usine à pâtes

En participant ponctuellement à la dynamique « Sème ta ZAD », notre vieux fantasme d’arracher la production de pâte à l’agro-industrie fut réactiver. Parallèlement à la tentative de blé dur et à l’obtention du moulin de Saint Jean, nous nous lancions dans la mise en place d’ un atelier de fabrication de pâtes sur Rouen. Depuis début 2017 nous sommes en mesure de produire et de sécher plusieurs dizaine de kilos de pâtes par semaine, et bientôt plusieurs centaines. Pâtes destinées à alimenter sur tout le territoire les lieux et zones de luttes (camps de réfugiés, Bure, ZADs, cantines de centre-ville etc.). Il s’agit tout autant de continuer à renforcer les liens entre Rouen et les zones de lutte que de continuer à prendre en main nos existences et de rester attaché à l’ idée que nous nous faisons d’une vie bonne.

– Château/Tour/Donjon/Appelle ça comme tu veux

On décide, sur un coup de tête, enfin pas vraiment, de se lancer dans une construction en dur. En brique, de terre crue ou cuite, en pierre, granit ou calcaire. On ne sait pas trop. Ce qu’on sait, c’est que ce que dégage cette zone, c’est des possibilités illimités, laissant même place à nos rêves d’enfants. Construire un donjon, un château, quelque chose de haut et beau, à la mesure de ce à quoi l’on croit en défendant et en occupant ce bout de territoire.

Une expérimentation, une aventure.

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Les constructions qui ont vu le jour depuis le début du mouvement d’occupation sont majoritairement en bois. Un choix notamment lié à la situation de la zone avec les risques d’expulsion récurrents : nécessité de s’installer rapidement, à nombreux, avec du matériel léger, facile à récupérer, à transporter et à mettre en place. Nous décidons donc de franchir un pas, non pas en avant comme si notre ancrage sur la zone devait suivre une ligne de développement qui partirait de la cabane précaire vers des battisses en parpaings et en tuile, mais un pas plutôt vers un autre champ de la construction. Une expérimentation, une aventure.

Plus clairement, l’hypothèse maximale concernant ce projet serait, dans un premier temps de construire un premier bâtiment, carré, de 6 mètres sur 6 sur 2 étages, hébergeant une bibliothèque tournée intégralement sur la thématique de la construction, d’un salon et d’un dortoir. A côté de ça, sur le long terme, différents ateliers de conception de briques (four à brique et à céramique, et matériel pour la fabrication de briques en terre crue), de stockage, de taille de pierre. L’idée étant que le chantier en lui même soit une source de connaissance et d’apprentissage, et une fois terminée, un lieu au sein duquel tu peux trouver des personnes et des livres avec qui tu peux partager sur la thématique de la construction, et des ateliers dont tu peux faire l’usage.

Pour plus d’infos sur les projets en cours rendez-vous sur le blog du collectif : https://zaddarouen.noblogs.org/

Des gens du comité de solidarité ZAD-NDDL de Rouen