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Confinement et précarité – Le point sur la situation des migrants à Rouen et le soutien apporté par le Réseau Solidarité avec les Migrants

C’est une évidence. Nous ne sommes pas tous à égalité devant la crise actuelle. Celle-ci frappe plus durement ceux qui sont déjà en situation de précarité. C’est évidemment le cas des migrants, qu’ils soient mineurs non accompagnés ou adultes, isolés ou en famille, à la rue ou en centre d’accueil. Quelles sont les conséquences du confinement pour eux ? Et comment la solidarité apportée par des collectifs permet d’éviter le pire ?

Nous nous sommes entretenus avec le Réseau de Solidarité avec les Migrants (RSM) de Rouen. Il s’agit d’une association de citoyens bénévoles mobilisés pour apporter une aide d’urgence aux migrants et aux migrantes quel que soit leur statut.

Quelle était votre activité avant la crise sanitaire actuelle ?

RSM agit pour la défense des droits, l’accès à l’hébergement, les démarches de régularisation, l’accès aux soins et l’aide humanitaire sous différentes formes. Nous organisons des manifestations de solidarité avec les personnes migrantes ; nous informons la population sur leurs conditions de vie et sur les facteurs de migration ; nous apportons une solidarité concrète à tous les réfugié.e.s, sans distinction, pour leur permettre de rester dignes ; et enfin nous favorisons l’expression des personnes migrantes au sein du RSM comme bénévoles.

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Dans quelles mesures le confinement a-t-il fragilisé davantage encore les migrants qui vivent à Rouen ? Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent actuellement ?

Il s’agit de personnes dans des situations très précaires qui se retrouvent encore plus fragilisées par la crise sanitaire actuelle et mise à l’écart dans sa gestion par les pouvoirs publics. De plus les structures d’aide auprès desquelles ils peuvent se tourner habituellement ne sont, pour certaines, plus accessibles.

– Fermeture temporaire de beaucoup de structures d’aide notamment alimentaire. Certaines maraudes sont aussi stoppées.

– Des personnes d’avantage exposées au virus, vivant à la rue, à plusieurs dans de petits logements ou entassées dans des centres d’accueil d’urgence.

– Des démarches juridiques et administratives laissées en suspens rend la situation très anxiogène pour certains d’entre eux, cela ajouté à l’enfermement pouvant réveiller des troubles anxieux liés à leurs parcours de vie.

– Sans le réseau d’hébergeant solidaires du RSM, 27 Mineurs non accompagnés seraient livrés à eux-mêmes dormant à la rue en pleine crise sanitaire.

– Les mineurs non accompagnés pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, se retrouvent confinés en chambres d’Hôtels, isolés, sans réelle continuité pédagogique pour les scolarisés.

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Comment avez-vous fait face à ces nouvelles difficultés ? Quels types d’actions menez-vous ?

Nous avons dû nous organiser rapidement et à distance pour mettre en place collectivement au sein de RSM et avec l’aide d’autres associations différentes actions :

Mineurs Non Accompagnés

– Pour les jeunes pris en charge par l’ASE et placés dans les hôtels, un suivi général et individuel a été mis en place. Plusieurs bénévoles RSM se sont désignés en tant que référent associatif d’hôtel, il y en a environ un par hôtel. Chaque référent est en contact avec un ou plusieurs jeunes qui se portent volontaires pour recenser les besoins : (nourriture, santé, suivi pédagogique, lien social, soutien psychologique…). Aujourd’hui presque tous les jeunes ont un bénévole vers lequel se tourner en cas de besoin.

  • Pour assurer la continuité pédagogique des jeunes inscrits au collège ou en CFA, RSM a reçu des dons d’ordinateurs et de tablettes. Un équipement numérique a pu être installé dans chaque hôtel.

  • Pour pallier la solitude et au manque de lien social des bénévoles organisent des rendez-vous téléphoniques avec les jeunes qui le souhaitent, des cours de français par téléphones sont aussi proposés.

  • Les psychologues bénévoles RSM sont aussi disponibles pour des entretiens téléphoniques avec ceux et celles qui le souhaitent.

  • Pour garder une dynamique collective un groupe whatsapp a été créé avec des jeunes et des bénévoles. Chaque jour un défi créatif ou sportif y est posté. Les jeunes et les bénévoles y déposent les vidéos de leurs challenges. Cela permet de garder le lien et s’amuser à distance pour apporter un peu de légèreté au quotidien.

  • Un suivi juridique et administratif des MNA est aussi maintenu, les urgences sont recensées notamment auprès des jeunes qui auront 18 ans cette année. L’accompagnement dans la recherche d’apprentissage s’organise aussi à distance.

  • Un accompagnement dans la compréhension de la situation a été priorisé auprès de tous les jeunes, que ce soit dans sensibilisation sur les gestes barrière ou dans la compréhension du virus. Du gel hydroalcoolique a été distribué dans tous les hôtels.

  • Sans le réseau d’hébergeants solidaires RSM, aujourd’hui 27 MNA non pris en charge par l’ASE, dormiraient à la rue en pleine crise sanitaire.

Les adultes et les familles :

  • Les distributions de denrées alimentaires du lundi auprès de familles et d’adultes se sont réorganisées en livraisons à domiciles. L’équipe collecte RSM avec la banque alimentaire, livrent chaque lundi 21 familles et un appartement loué par RSM où sont logés plusieurs MNA.

Malheureusement ce n’était pas suffisent de nombreuses familles issues de l’immigration et dans le besoin contactent l’association. Une cagnotte en ligne a donc été mise en place pour pouvoir faire des courses de première nécessité et ainsi pallier le manque.

160 personnes adultes et enfants qui ont besoin de nous et la liste s’allonge tous les jours…le pot commun permet d’assurer le minimum vital pour ces familles, pour ces bébés qui sans les dons n’auraient plus à manger…

Bien entendu nous communiquons beaucoup sur la situation actuelle, à travers notre page Facebook, Twitter et notre site internet. Nous dénonçons la situation actuelle et partageons des témoignages et initiatives.

Bien sûr nous continuons à interpeller les pouvoir publics.

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Quelle a été la réponse des autorités ? Vous semble-t-elle suffisante ?

Pour le moment rien n’est prévu par la mairie ou le département (à part les 200 places pour loger des personnes sur le territoire entier.) Silence radio de la part des autorités. Des « chèques services » doivent être distribués, mais les modalités restent floues et compliqués. Même chose pour l’aide qui doit être mise en place par la Mairie, les gens ne sont pas au courant et risquent une fois de plus de passer à côté de leurs droits.

Existe-t-il une manière de vous apporter du soutien ?

– Il est compliqué pour nous d’accueillir et former de nouveaux bénévoles à l’heure actuelle, cependant nous recevrons avec plaisirs les personnes désirant nous rejoindre à la fin du confinement.

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– On peut nous aider en participant au pot solidaire : https://www.lepotsolidaire.fr/pot/ew8u33w4

– En prêtant un appartement pour loger des personnes à la rue.

– En faisant des dons de denrées alimentaires ou de téléphones portables pour permettre aux personnes isolées de communiquer.

– Ou en nous aidant à communiquer sur la situation en partageant les informations sur notre Facebook, tweeter et site internet :

https://www.facebook.com/rsmrouen/
https://twitter.com/RouenRsm
www.rsmrouen.fr

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