L’État est le plus froid des monstres froids.

Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe

de sa bouche : « Moi l’État, je suis le peuple. »

C’est un constat simple : aucune des formations politiques prenant part à la course électorale ne nous représente. Et leur spectacle nous afflige. La banalisation des discours les plus racistes commande à toutes les propositions politiques actuelles. Il n’y a d’ailleurs plus que le devoir de faire « barrage » qui parvienne à nous traîner, en dépit du bon sens, jusqu’à l’isoloir. Pour ceux qui n’ont pas déjà déchiré leur carte électorale.

Que les nuances cosmétiques qui distinguent les candidats puissent encore passer pour des enjeux idéologiques nous atterre. Personne ne devrait pourtant s’en étonner. Depuis que le capitalisme a acquis sa valeur d’absolu dans leurs têtes, toute parole hors-norme est tenue pour suspecte, idéaliste ou désuète. L’agitation médiatique, les différences factices et les simagrées ont désormais le monopole du débat d’idées.

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La simple prétention qu’ils ont à vouloir nous gouverner aurait déjà dû nous alerter. C’est d’autant plus grave que ce spectacle voudrait faire oublier la progression constante de l’État sécuritaire et policier. Guerres coloniales, militarisation des frontières, criminalisation des populations pauvres ou d’origine étrangère, état d’exception, gouvernement au 49.3. Quand l’État dévoile son visage de monstre froid, la police devient le stade le plus sophistiqué de la gestion des populations civiles.Toutefois, on n’abat pas le grand rite de la République avec quelques sentences laconiques, tant la fable du vote a la peau dure. Communion nationale, sacre du nouveau gouvernement, table rase des offenses du quinquennat précédent, rituel démocratique fondateur… En vérité, l’essentiel – pour ne pas dire la totalité – de notre vie politique se situe en dehors du moment éléctoral. Et puisque l’essentiel est ailleurs, la querelle du vote et de l’abstention ne saurait retenir notre attention.

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Dans un climat de méfiance unanime vis-à-vis du pouvoir, c’est par la persistance de nos luttes et la pratique commune de l’insoumission que des foyers et des forces politiques se sont renforcés et se sont rencontrés. Les enjeux de l’époque dépassent la simple question du vote, et tout appelle à la révolte, au contre-pouvoir, à une contre-campagne.

La société 1984 ne se fera pas en notre nom.