Le Marais, squat caennais, est menacé d’expulsion. Ses habitants appellent au soutien. Nous relayons ici le texte et la vidéo d’appel pour rejoindre dès le mois de juin l’occupation.

Le 28 avril 2018 ouvrait à Caen le squat dit « Le Marais », où vivent plus de 250 habitant-e-s, exil-é-e-s et militant-e-s. Ce lieu de solidarité active est désormais « expulsable » par jugement, à compter du 28 juin 2019. Ses habitant-e-s, menacé-e-s d’expropriation de leur commune maison, peuvent être jeté-e-s à la rue.

Nous appelons dès aujourd’hui à le défendre !

Depuis plus d’un an, nous sommes des centaines de personnes – habitant-e-s, militant- e-s, ami-e-s – à faire vivre le Marais. Nous composons un « quartier libre ». Nous affrontons les politiques anti-migratoires, autrement-dit criminelles et d’une brutalité sans nom, menées contre les personnes exilées. Nous tissons entre nous et les voyageurs forcés, les nomades traqués que les dispositifs de contrôle et frontières n’en finissent pas de casser, la toile d’une solidarité internationale érigée contre la prédation coloniale du capitalisme globalisé ; contre une société égoïste, privatisante, raciste et despotique.
Nous réclamons immédiatement la légalisation, la libre circulation et la libre installation de toutes les personnes sans-papiers. Nous refusons de voir des flux humains soumis à la gestion économique des gaz lacrymo’, des « flashballs », et des camps de rétention. Nous visons l’abolition des frontières. Nous refusons que des exilé-e-s périssent par le froid, enneigé-e-s ou noyé-e-s, des cols alpins jusqu’en Méditerranée. Nous faisons la guerre à la machine à expulser.

Notre dignité s’affirme à l’aune de notre solidarité envers nos camarades exilé-e-s seulement, ou ne s’affirme pas.

Depuis l’ouverture du Marais, le 28 avril 2018, des travailleurs et travailleuses en lutte (syndiqué-e-s ou non), des exilé-e-s et militant-e-s s’y rencontrent pour construire des connexions, élaborer des liaisons effectives entre différents foyers de grève, et construire la « convergence ». Les gilets jaunes, qui affrontent aujourd’hui les politiques libérales (et létales) du gouvernement de LREM, y ont trouvé des allié-e-s ainsi qu’un espace d’organisation où s’assembler. Une véritable communauté de lutte solidaire y prit et prend encore forme.

Ce squat gigantesque – 4 bâtiments, plus de 3 hectares de terrain – constitue une authentique « maison des peuples » : un espace où s’assembler, un lieu offert en refuge à celles et ceux qui luttent ; un lieu où l’on vit, cuisine un repas collectif avec la récup, fait un match de foot, va à l’École Nomade, participe à des cours de langues ; où s’organisent des concerts et kermesses « antirep’ », des goûters pour les enfants du quartier ; un lieu où l’on accueille des artistes, projette des films, joue des pièces de théâtre, où l’on prépare des manifs, des tracts, dispense des conseils juridiques. On y trouve un fournil pour faire du pain et des pizzas, un atelier de réparation de vélos et un free-shop. On y cause une dizaine de langues, construit des chars, tourne des clips, fait la fête !

Au Marais, la rage de la révolte participe et procède à la fois de l’intelligence collective, de la possibilité de vivre autrement et d’un « faire » libéré, « sans ceux qui nous gouvernent ».

Nous, qui luttons pour nous réapproprier les conditions matérielles d’une existence digne et libre, appelons pour ce faire à défendre le Marais !

En y développant et mutualisant des « commun(e)s » contre la propriété privée lucrative, à l’aune d’expériences horizontales, solidaires, hospitalières, il se donne comme lieu d’élaboration, contre-monde, espace de rupture : comme manière de lutter, vivre et habiter, irréductible aux normes du capitalisme : ici et maintenant. Ouvrir des « maisons des peuples », arracher des lieux aux mains de la « propriété », créer des communautés qui se muent comme autant de foyers de résistances, sont les actes révolutionnaires de celles et ceux qui s’engagent d’ores et déjà dans la construction de « mondes-à-faire ».

Anéantir le Marais, comme l’ensemble des espaces libérés de la « propriété », c’est en finir, pour un pouvoir en guerre contre NOUS, avec l’expérimentation d’un autre monde, populaire, auto-organisé, digne et solidaire. C’est ce foyer de lutte vivant, ce lieu d’expérimentation qu’il nous faut aujourd’hui défendre.

Si dans les mots froids des gratte-papiers de l’administration se terre la menace d’une expulsion en bonne et due forme par la basse police de la matraque – reflet fidèle d’un pouvoir démocratique infidèle – nous pouvons, sur le terrain politique, arracher une victoire. Elle dépend des forces qui s’engageront dans la lutte : il nous faut prendre parti, ici et maintenant, contre l’ennemi.

Des activités se tiendront, sans temps morts, au Marais comme en dehors, tout au long du mois de juin. Nous publierons le programme définitif très prochainement. Des initiatives extérieures sont les bienvenues, notamment pour la période estivale. Si vous souhaitez participer à la vie du squat, proposer l’organisation d’un événement quelconque, vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante : defendrelemarais@riseup.net

Pour en préparer entre ami-e-s la défense, une première manifestation aura lieu le vendredi 14 juin à 18h ; s’y tiendra ensuite une assemblée de lutte extraordinaire, le mardi 25 juin à 18h.

Afin de maintenir ce rapport de force, dont le succès dépend de notre capacité à en occuper massivement l’espace tout au long de l’été, un camping sera ouvert le 28 juin – « l’Université populaire du Marais » s’y implantera, quant à elle, le 1er juillet – pour accueillir tous-tes celles et ceux qui souhaitent s’engager dans cette aventure.

Nous vous transmettrons, au plus vite, de plus amples informations.
La résistance s’organise, rejoignez-la !

Le Marais a besoin de vous.