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En marche forcée vers la reprise du travail et de léconomie. « Il y a un moment, faut y aller ! »

C’était l’annonce surprise lors de la dernière allocution du président qui prend le contre-pied de beaucoup de pays occidentaux : les crèches, les écoles, les collèges et les lycées sont censés réouvrir le 11 mai. Il n’a échappé à personne, et surtout pas aux enseignants, que le but de la manœuvre était évidemment de libérer les parents pour qu’ils puissent retourner au travail. Il faut bien une garderie pour le MEDEF.

Après avoir minimisé les risques pendant longtemps en maintenant par exemple le premier tour des élections municipales, le gouvernement français avait bien été obligé de prendre les mesures qui allaient ralentir considérablement l’économie tout en essayant de maintenir des secteurs qui n’étaient pourtant pas nécessaires. Ce moment est passé. Sans surprise, la fonction de tous les gouvernements va maintenant être de remettre tout le monde au travail pour remettre l’économie en marche. Il est temps de revenir au vieux monde d’avant le confinement : production, pollution, consommation, exploitation. Et pour beaucoup de salariés, d’ailleurs, ça devient une nécessité. Dans le monde du capitalisme, il faut bien vendre sa force de travail contre un salaire minable pour pouvoir vivre. Ce que la crise a révélé, ce sont nos multiples dépendances à l’égard d’une économie qui est pourtant en tout point détestable. Après la crise sanitaire, c’est la crise économique qui pointe le bout de son nez. Et tout le monde morfle dans ce genre de situation.

Dans l’affaire il faut reconnaître que Macron a plusieurs alliés. D’abord la figure du très médiatique Raoult. Dans une étude qu’il a remise au président lors de leur fameuse rencontre, le professeur affirme que les « enfants pourraient ne pas contribuer de manière significative à la circulation du virus ». C’est du pain béni pour le président même si les conclusions du professeur sont contestées par nombre de ses collègues au motif qu’elles sont un peu hâtives. Il est peut-être aussi utile de rappeler que Yanis Roussel qui gère la communication et les relations de presse du professeur Raoult est membre de LREM et qu’il est animateur du comité LREM dans le 6e arrondissement de Marseille. Quoi qu’il en soit la rencontre entre Raoult et Macron permettait à ce dernier de donner une légitimité à sa décision. Les enfants ne sont pas une menace, on peut donc ouvrir les écoles.
Bien évidemment le MEDEF pousse aussi à la reprise comme nous l’avons rappelé dans un article récent. Et prépare clairement l’offensive en indiquant qu’il faudra revenir sur nombre d’acquis sociaux.

Mais les derniers alliés en date se trouvent dans la multitude des éditocrates qui sont montés au créneau. Après avoir exonéré les autorités de toute responsabilité en les défendant contre les plaintes qui pouvaient les viser, après le coup de « la pleurniche permanente hospitalière » il faut maintenant entonner le chant de la reprise. Cette fois-ci, c’est le fameux Pascal qui s’en charge : « Il y a un moment, faut y aller ». Il faut reconnaître à ces furieux guignols la capacité à exprimer assez clairement l’esprit d’une époque et à traduire en langue simple les messages du pouvoir.

Et peu importe les risques sanitaires et notre capacité à les évaluer précisément. Si la mortalité reste actuellement élevée en France, les hôpitaux sont un peu moins saturés entend-on un peu partout, on peut donc prendre le risque d’accueillir un plus de malades. Mais l’inconnu demeure. Les professeurs seront-ils massivement touchés par l’épidémie quelques semaines après la reprise comme l’ont été ceux qui ont tenu les bureaux de vote ? Y aura-t-il aussi des décès ? Comment en effet accueillir des élèves dans de bonnes conditions quand il y 35 élèves par classe ?

Après la gestion sécuritaire et sanitaire, place au cynisme. Voilà, c’est dit, il faut y aller. Reprendre le travail comme si de rien n’était. Retour à la normale. Travailler, consommer et fermer sa gueule. C’est l’unité nationale qui l’exige et en période de crise il faut bien se serrer les coudes. Et il faudra bien ça pour sauver l’économie et nous sauver nous-mêmes.

Acteurs politiques, acteurs économiques, acteurs médiatiques dessinent en fait un système, une classe organique comme on dit parfois. Et malheureusement ils sont un petit peu plus que 0,1 % contrairement à une idée reçue. Après le confinement c’est la sale gueule du pouvoir, c’est la sale gueule du travail, la sale gueule de la catastrophe que constitue à elle-même notre civilisation que nous allons retrouver.

Y aura-t-il un « embrasement » comme le pensent certains agents du renseignement ou retournerons-nous au « business as usual » ?  Tagguer sur les murs « il n’y aura pas de retour à la normale » risque en tout cas de ne pas suffire. Il y a longtemps que la normale en effet ça n’est rien d’autre qu’une suite ininterrompue de catastrophes.

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