Nous sommes dans la période charnière du mouvement. Le gouvernement lâche des miettes mais la détermination ne faiblit pas pour autant. Une majorité de gilets jaunes semblent prêts à aller « jusqu’au bout » sans avoir d’idées très claires de ce que cela signifie.  Nous n’avons pas de programme et c’est le propre de l’inconnue révolutionnaire. Avançons étape par étape et ce texte est une proposition pour la prochaine.

D’une situation pré-insurrectionnelle à une possible révolution

Les gouvernements successifs, aussi décevant les uns que les autres, ont tenu car nous croyions jusqu’ici à leur invincibilité. Mais le soulèvement en cours depuis le 17 novembre nous a donné des idées et ouvert des courages. Parfois, les perceptions changent en un clin d’œil et aujourd’hui nombreux sont les gilets jaunes qui croient fermement en une possible révolution.

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Chaque tentative du mouvement à élire des portes-paroles a failli. C’est pour la simple et bonne raison que c’est l’idée même de représentativité qui est en crise, et ça ne date pas d’aujourd’hui ! À chaque élection, la part des non-votants ou de votes blancs bat des records. Au cours des mouvements sociaux des dernières décennies, seuls des « représentants » syndicaux étaient reçus par le gouvernement. Systématiquement, quelques miettes étaient lâchées pour amadouer la colère et la majorité des syndiqués de base rentraient au bercail, déçus voir déprimés. Depuis deux semaines, les refus successifs du mouvement à être reçu par le gouvernement sont des victoires. Les gilets jaunes sont inassignables, irrécupérables, et c’est bel et bien ce qui fait leur force.

Il est pourtant légitime de se demander comment formuler des revendications ? S’il est clair que celles-ci ne se limitent plus à la questions du carburant et du pouvoir d’achat, on peut dire que c’est avec un système entier que les gilets jaunes demandent le divorce. Et cela, seuls les actes le peuvent : blocage de l’économie et assaut des lieux de pouvoir. L’intelligence collective d’un peuple en colère nous a porté vers les bonnes cibles.

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Acte 4. Le coup d’après

Si nous visons juste, il faut aussi frapper fort. Et comme à chaque acte une nouvelle étape, que faire pour l’acte IV ? Là où c’est possible, continuons nos occupations, nos actions de blocage, détournons-les vers des cibles les plus stratégiques. Multiplions des espaces de discussion et nommons, non pas des représentants, mais des messagers qui pourraient aller de point de blocage en point de blocage pour améliorer la coordination.

Pour Paris préparons-nous cette fois à y passer deux jours. L’étape suivante d’une journée comme celle de samedi 1er décembre serait de prolonger la révolte toute la nuit : tenons les rues et ouvrons des lieux de pouvoir pour en faire nos hôtels s’il le faut. Ils nous appartiennent légitimement et ont trop longtemps été laissés à des incapables. En province, il faut maintenir les actions la journée mais pour ceux qui le peuvent, nous devons monter le soir sur la capital pour ravitailler les gilets jaunes révoltés. Si nous tenons jusqu’au dimanche, le gouvernement devra abdiquer. Les communards de 1871 l’ont fait, et ils ont tenu 3 mois ! Si Macron abdique, la première mesure révolutionnaire sera l’amnistie de tous les gilets jaunes interpellés depuis le 17 novembre.

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Dans une telle situation, on se demandera comment vivre sans le gouvernement ? Nous avons déjà des pistes puisque c’est ce que nous faisons depuis le 17 novembre : nous vivons sans lui et contre lui. Nous nous sommes organisés localement pour bloquer le pays tout entier. Nous avons mis nos ressources en commun, qu’elles soient économiques, sociales ou affectives. Nous vivons sur des rond-points, nous y mangeons bien, nos enfants s’y amusent. C’est à travers les réseaux constitués au cours du mouvement que nous parviendrons à régler localement des questions d’approvisionnement ou des contentieux sociaux sans être délogés et faire appel aux représentants. Derrière l’apparence d’un vide politique et d’une impossibilité d’initiative c’est tout l’inverse qui se vit sur les points de blocage et les occupations. Un peuple en colère qui s’est donné les moyens de bloquer le pays a tout autant la capacité de le remettre en route, à sa manière !

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