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Gilets jaunes. Interview de Rouen dans la Rue par Nantes révoltée.

Début mai, le média local indépendant Nantes révoltée sortait un numéro spécial gilets jaunes. L’équipe nous proposait un interview sur le  mouvement des gilets jaunes dans la région. La voici.
On peut commander la revue ici : nantesrevoltee.lejournal@riseup.net

C’ est une évidence : les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans les mobilisations sociales, et dans la diffusion d’un contre discours, opposé à la vérité officielle des médias dominants et des gouvernants. Les Gilets Jaunes ont été particulièrement sensibles et actifs sur les pages et groupes facebook engagés dans les luttes. Comme celle du collectif Rouen dans la rue, média indépendant de la capitale
normande. Discussions avec l’équipe, qui raconte le mouvement dans la ville.

« – Pouvez vous présenter Rouen dans la Rue ?

Rouen dans la rue est une page Facebook créée après la mort de Rémi Fraisse en octobre 2014. Cinq ans plus tard, c’est l’une des voix des mouvements de contestation à Rouen et en Normandie. Nous tentons d’apporter un autre regard sur différentes luttes tout en y participant activement. Début novembre 2018, la profusion de gilets jaunes sur les tableaux de bord autant que sur Facebook attiraient notre attention.
Comme Nantes Révoltée, nous avons publié un appel à se joindre aux Gilets Jaunes : « En voiture ». Nous y sommes toujours.

– Comme s’est passé début du soulèvement des Gilets Jaunes à Rouen ?

Le Rond-point des Vaches [qui doit son nom à des sculptures représentant des vaches, brûlées au début du mouvement] est un lieu emblématique à Rouen. A chaque mouvement social traditionnel, les syndicats y organisent des blocages filtrants. Mais le 17 novembre, c’est une véritable marée humaine qui a déferlé sur ce rond-point. Dans une ambiance de foire, de kermesse et de fête de famille, au moins 800
personnes avaient répondu à l’appel national. Un joyeux bordel, où ça souriait, discutait, bloquait. « En 20 ans de syndicalisme, j’ai jamais vu ça »,nous confiait hilare un Gilet Jaune par ailleurs syndicaliste chez Renault Cléon. Dans le même temps, des groupes déterminés s’organisaient pour bloquer efficacement des centres commerciaux stratégiques de la région.

– Quels ont été les rapports entre la gauche, le monde militant, et les
Gilets Jaunes ?

Au départ, rien, nada, peau de zob. C’est aussi l’une des raisons de la magie de ce mouvement. Toutes les gueules trop connues de l’extrême gauche étaient absentes et invisibles sur les rond-points. On trouvait malgré tout quelques militants syndicaux qui rejoignaient la bataille en tant que Gilet Jaune. Et certaines actions de blocage du port et du dépôt pétrolier ont été faites en complicité avec la CGT au moment où
ils ont fait mine de rejoindre le mouvement. Avec le déclin relatif des forces, on voit réapparaître depuis peu des militants politiques accompagnés de leur deux vieux potes : l’ennui et l’impuissance.Il n’y a pas de couleur politique qui se dégage dans le mouvement à Rouen. Mais on peut distinguer différentes manières de faire : Gilets Jaunes de ronds-points, groupes constitués autour d’actions de blocages et encore
plus tardivement un groupe de Gilets Jaunes de centre ville aux assemblées très régulières et plus classiques.

– Et la place du média Rouen dans la Rue dans tout ça ?

Avant le 17 novembre, nous nous sommes attaqués à l’hostilité de la gauche et des « radicaux » l’égard des Gilets Jaunes. Ensuite, Rouen dans la rue a été un moyen de donner la parole aux Gilets Jaunes, de relayer les appels pour donner plus de force au mouvement et aussi de rendre visible sa particularité : solidarité sur les ronds-points, détermination lors des manifs et aussi ampleur des violences policières. Ça nous permet aussi d’exprimer notre voix au sein du mouvement.

– L’ambiance dans les manifs par rapport aux précédents mouvements ?

Les manifestations sur Rouen ont dépassé tout ce qu’on connaissait localement. Elles représentent tout ce contre quoi les bureaucrates syndicaux avaient toujours lutté. Manifestations sauvages et déterminées de plusieurs milliers de personnes de 10H du matin à 18H, où les Gilets Jaunes assument les affrontements avec la police, les barricades et autres incendies géants. L’objectif principal était de rester dans l’hypercentre et de déjouer les manœuvres policières pour nous en empêcher. C’est un mélange de spontanéité désordonnée avec plusieurs cortèges qui frappent sans préméditation mais très efficacement. Des banderoles renforcées, très appréciées des Gilets Jaunes, ont fait leur apparition dès la deuxième manifestation.Avec les GJ, on est en présence d’un mouvement populaire profond qu’on aurait été incapable d’imaginer. Qui aurait pu dire qu’une insurrection peut commencer sur des ronds-points avec des gilets jaunes sur le dos ? Que des Gilets Jaunes de base non-politisés s’organisent avec talkies et boucliers pour mener leurs actions de blocages ?

– Une anecdote ?

Le plus marquant reste peut-être la bienveillance, la complicité massive et évidente qui liait tous ceux qui assistaient aux énormes incendies lors de certaines  manifestations. Le plus drôle ? Ce moment où des Gilets Jaunes ne comprennent pas que les flics aient pu les charger sur le Rond-point des Vaches alors qu’ils venaient de chanter la Marseillaise ? Ce soir du jour de l’an où des jeunes des quartiers sont venus nous déclarer leur amour avant de nous emmener dans une folle danse autour du feu. »

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