Un Rouennais s’est rendu au coeur d’une journée de lutte à la fac de Nantes. Il nous envoie son récit. L’idée de ce compte-rendu, agrémenté de commentaires de la rédaction, n’a pas pour vocation de comparer et donc de rabaisser la situation étudiante à Rouen, mais plutôt de véhiculer l’enthousiasme et l’ambiance du mouvement social qui se vit ces jours-ci à Nantes. Se faisant, c’est aussi pour rendre visible les mécanismes qu’emploient les syndicats étudiants pour paralyser les prises d’initiatives. Une fois ceux-ci désamorcés, une réelle force d’opposition et de lutte peut être éprouvée.


C’est nous le grand Paris !

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Assemblée générale du 3 avril à Nantes

Le rendez-vous était donné à 6h sur le campus du Tertre en ce mardi 3 avril. La semaine précédente, l’AG avait voté le blocage total de l’université pour chaque jour de mobilisation. Bien que tardivement, l’intersyndicale avait fait de cette journée une date nationale de mobilisation, en soutien à la mise en grève des cheminots.

Nous sommes plus d’une bonne centaine à nous retrouver près d’un bâtiment occupé. Très vite, le groupe se divise sans concertation et part bloquer les bâtiments de la fac. N’importe quel objet, poubelle, arbre mort, matériel urbain ou de chantier fait l’affaire. Des jeunes révolté-e-s, étudiants ou non, s’entraident dans l’édification de barricades à chaque porte. « C’est nous le grand Paris ! ». Les gestes sont fluides, la méthode évidente.

Ici, le Comité Autonome de l’Université de Nantes, fer de lance initial de la lutte, s’est dilué dans des groupes autonomes, constitués par UFR. On y retrouve le GAG, Groupe Autonome des Géographes, le CHAT, Comité d’Historiens Autonomes du Tertre, le DAB, les Déscolarisés Autonomes Bloqueurs et d’autres encore… Ils constituent de véritables espaces politiques : chaque groupe a ses propres réunions d’organisation, impulse ses propres initiatives, provoque dans son propre UFR des opérations de tractage ou des assemblées d’information. On comprend alors la fluidité avec laquelle la fac est bloquée chaque matin : une fois le top départ donné, chaque groupe s’occupe de son bâtiment. Le tout se coordonne en AG et en comités de mobilisation.

Une fois la fac intégralement bloquée, nous nous retrouvons au point de départ, à côté de deux amphis flambants neufs occupés depuis plusieurs semaines. Ils ont bien entendu été re-décorés allègrement : larges fresques, slogans et blagues disséminés ici et là; recouvrant finalement la quasi-totalité des murs, tables et chaises. Les étudiants n’y dorment pas, mais ont su tenir le rapport de force depuis l’occupation de la fac par les exilés et la prise du château du Tertre. Désormais l’administration leur garanti une ouverture systématique le matin. Ils ont bien fait comprendre aux détenteurs des clés qu’en leur retirant cet espace de lutte, d’autres lieux seraient pris, redécorés et défendus comme il se doit.

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Un groupe part spontanément, à deux reprises, bloquer les rond-points aux abords de l’université à l’aide de poubelles enflammées, perturbant ainsi la circulation sur tout le Nord nantais. Le clin d’oeil aux cheminots en grève est clair. La fac bloquée est un espace où on imagine des actions de soutien ou de blocage des flux, aux abords du campus ou en plein centre-ville : « le pouvoir passe par les flux, bloquons tout ». Se rendre ingouvernable, être une force d’opposition et de perturbation, poser un rapport de force contre un gouvernement impliquent une capacité à enrayer la marche normale du quotidien, qu’il soit universitaire ou métropolitain.

L’AG du jour se tient à midi dans un amphi de droit. Des centaines d’étudiants y sont déjà installés. Aucune place pour s’asseoir : on squatte les abords de la tribune. L’ambiance est tendue, on croit comprendre que des dizaines, si ce n’est des centaines d’anti-blocus se sont donnés rendez-vous pour voter contre le blocage de l’université. Très vite il n’y a plus moyen de rentrer dans cet amphi de 1000 places. Les gens se massent dans les couloirs et aux abords des quatres accès. L’AG commence. La tribune est composée uniquement d’étudiants en lutte indépendants de tout syndicat ou parti politique. C’est l’évidence partagée ici. L’ordre du jour est voté, non sans difficultés. De nombreuses infos sur l’actualité du mouvement social sont couplées à des textes lus par les différents groupes autonomes des UFR.

Bien que le point ne soit pas encore abordé officiellement, les interventions en faveur ou contre le blocage prennent vite le pas sur les points de l’ordre du jour. La tension monte. On repère facilement des grappes d’étudiants, de droit et probablement de droite, qui jubilent à chaque chouinement d’étudiants qui ne veulent pas rater leur année, à défaut de rater leur vie, et tirent la tronche dès que le bon sens en faveur du blocage s’exprime. Même l’UNEF représentée par deux étudiantes et leur drapeau DIY (il paraît que le bureau national leur a coupé le budget, soutien à elles deux) s’exprime en faveur du blocage et concède que si nous sommes plus d’un millier dans cette salle, et si on parle autant de la loi Vidal, c’est bien parce que la fac est bloquée et occupée!

L’AG est ingérable. Dans la foulée, le blocage ILLIMITE est voté. Cela signifie que la fac sera bloquée jusqu’au retrait de la loi Vidal, ou jusqu’à la retraite. On verra.

Le moment du vote arrive, l’attente est énorme de part et d’autre de l’amphi. On propose des « compteurs » de main chez les pro-blocus et chez les anti-blocus, pour rendre le résultat « authentique », car la tribune est clairement pro. C’est d’abord les « anti » qui sont sollicités, des centaines de mains se lèvent. Le stress monte. On compte même les gens dans le couloir. 499 voies sont comptabilisées. On demande alors le vote de ceux qui sont en faveur. Des centaines de main, également, se lèvent. On est entousiaste, on sent rarement autant de palpitation quand il est question de vote. Les compteurs comptent. Et finalement… Pas loin de 800 voix sont totalisées ! Clameurs dans la salle. Des chants résonnent. L’AG est ingérable. Dans la foulée, le blocage ILLIMITE est voté. Cela signifie que la fac sera bloquée jusqu’au retrait de la loi Vidal, ou jusqu’à la retraite. On verra.

A la ZAD comme à la fac, le problème c’est Laboux

Fin d’AG et départ en manif. On se retrouve sur la place de rendez-vous, étrangement pas si fliquée. Les grappes d’étudiants arrivent au rythme des tramways. Aux allures clairsnt vers la présidence de l’université en centre ville. « A la ZAD comme à la fac, le problème c’est Laboux », du nom du président de l’université, clairement pro-sélection. Les vitres de la présidence en prennent pour leur grade, l’entrée principale se retrouve bloquée par un amas de poubelles. Le cortège reflue, chassé par la BAC et les anti-émeutes. Une fois arrivés près de la station commerce, sur une dernière charge de la police, le cortège se disperse. Finalement, c’est un presque un étonnement général de la part des manifestants, qui n’avait pas vu depuis des mois, voire depuis le printemps 2016, un dispositif policier si faible. Les escadrons étaient-ils déjà réservés par l’évacuation de la ZAD qui vient ? Cela semble se confirmer.

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