À la suite de la loi anti-casseur aux allures de loi anti-manifestants, à la suite des nouvelles mesures sécuritaire déclarées par Edouard Philippe en début de semaine, le gouvernement prend la décision de mobiliser les troupes ce samedi pour endiguer les manifestations de Gilets Jaunes.

Une rupture sans précédent depuis 50 ans

C’est une décision sans précédent. Si années après années le pouvoir n’a cessé de criminaliser le mouvement social jusqu’à le rendre totalement inoffensif, la détermination gilet-jaunesque semble avoir redorer le blason de la contestation dans la rue. La manifestation du 16 mars n’en est que l’un des exemples. Face à cela, le gouvernement prend la décision de déployer dans les rues de Paris dès ce week-end des officiers de l’armée. Rappelons que l’opération Sentinelle a été instaurée dans le cadre du plan anti-terroriste et elle est constituée de militaires qui ne sont en aucun cas formés aux opérations de maintien de l’ordre. Cette nouvelle marque une nouvelle étape dans les moyens de mater la révolte et marque un nouveau pas dans l’escalade autoritaire, sans précédent depuis 50 ans.

Le pouvoir choisit donc de s’inscrire dans cette histoire particulière de répression sanglante des mouvements sociaux. L’armée n’a jamais été appelée à intervenir dans de telles situations depuis les grandes grèves de 1947-1948. Jules Moch, alors ministre de l’intérieur, envoya les troupes pour mater les mineurs en grève. Il mobilise 60 000 CRS et soldats pour imposer aux 15 000 grèvistes la reprise du travail. L’armée occupe les puits de mine. Bilan : plus de trois milles licenciements, six morts et de nombreux blessés.

La stratégie du choc

« Vous voulez de l’ordre public ? Cela implique de passer à l’offensive. On peut craindre des blessés, voire des morts » a récemment prévenu un député de la majorité cité par le Monde. On prépare méticuleusement l’opinion public à un défonçage en règle de ceux qui daignent contester un peu sérieusement la politique en place. Après avoir annoncé que tout rassemblement sera suivi d’arrestations de masse, à défaut de « parquer les gilets jaunes dans des stades », on déploie un dispositif antiterroriste contre sa propre population et ce, sans que cela ne soulève (encore ?) une immense vague d’indignation.

Les enjeux ne sont plus circonscrits aux seuls « gilets jaunes »

Emmanuel Macron, après s’être fait la voix et le représentant de la France des Fouquet’s, d’une classe politique déliée du quotidien de ceux qui descendent aujourd’hui dans les rues, se fait maintenant le tenant du parti de l’ordre. Il semble vouloir s’engoufrer et s’entêter dans une fuite en avant autoritaire susceptible de provoquer des crises plus graves que celle qu’elle cherche à empêcher.

Dans ce contexte de terreur médiatique et politique, il est d’autant plus essentiel de tenir massivement la rue dès le prochain acte. Il en va de la possibilité même de continuer à lutter dans les mois et les années qui viennent. De toute évidence, la question et les enjeux que soulèvent ce nouveau tournant ne sont plus circonscrits aux seuls « gilets jaunes ».

Samedi 23 mars, pour l’acte 19 des Gilets Jaunes, le rendez-vous est donné à 10h puis 14h à l’Hôtel de Ville de Rouen.