Une nouvelle opération éclaire a démarré sur la ZAD jeudi 17 mai au matin. Objectif atteint du côté des forces de l’ordre, du moins sur le papier : une quinzaine de lieux de vie ont effectivement été détruits, privant une fois de plus des habitants de leurs maisons, des comités de soutien de leurs bases et la ZAD d’une partie de son histoire. Retour sur la deuxième opération d’évacuations.

La ZAD persiste

La première vague d’expulsion démarrée le 9 avril dernier a démontré que la résistance sur le terrain, bien qu’héroïque, pouvait peu contre un tel déploiement militaire, inédit en France depuis 68 pour une opération de maintien de l’ordre. Les blindés passent partout. Le nombre hallucinant de flics déployés est écrasant. L’usage décomplexé de leurs armes est effrayant. Pour autant, la montée en puissance des actes de résistance du 9 au 14 avril ont bel et bien démontré la vivacité d’un mouvement encore bien déterminé à défendre son territoire au-délà de la pure question de l’aéroport. Si des milliers de gens sont venus défendre la ZAD deux mois après l’annonce de l’abandon du projet, si plus de 10 000 personnes se sont données rendez-vous à Nantes le week-end suivant le début de l’opération c’est bien que la menace « nous sommes là, nous serons là », le serment de « défendre la ZAD », et le pacte des 6 points pour l’avenir sans aéroport n’étaient pas des paroles en l’air.

La ZAD persiste comme mouvement qui se donne l’ambition historique non pas de se contenter d’une lutte défensive et d’un retrait de projet d’aéroport, mais qui vient affirmer des manières d’habiter le territoire, d’y communiser les terres, d’y construire la base arrière de nos aspirations révolutionnaires. C’est ainsi que « cette démonstration de force est sans doute à la hauteur de l’affront qu’a représenté des années durant cet espace de résistance et d’expérimentation. L’acharnement de L’État est significatif de sa vivacité persistante de cette aventure collective. » (Communiqué sur la seconde phase d’expulsion en cours sur la zad)

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Une trêve ?

Depuis la première vague d’expulsion qui avait démarré le 9 avril, une « trêve » avait été annoncée par l’État. Les flics étaient pourtant toujours présents en masse sur une zone occupée militairement. Les grenades continuaient de blesser et de polluer les champs. Des détours s’imposaient pour les occupants afin d’éviter les contrôles quotidiens. Le travail des champs et des potagers, urgent en ce beau printemps, avait tant bien que mal été repris. De son côté, l’État avait proposé la signature de conventions individuelles afin de régulariser la situation des occupants qui le souhaitaient et ainsi tenter une opération de division entre fichés et non-fichés.

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De nombreux habitants, lors d’une assemblée des usages, ont décidé de rentrer dans le jeu non sans subvertir le cadre imposé par la préfecture, avec comme seul objectif de gagner du temps. Tactiquement, la seule résistance physique aux opérations étaient vaines. L’histoire de cette lutte démontre que les barricades physiques et juridiques ont toujours été appuyées les unes aux autres. Ici des signataires de fiches s’expriment : « Nous ne nous leurrons cependant pas sur la visée de cet échange : l’État cherche à nous trier. Il a, de fait, très peu d’imagination. Et comme tout bureaucrate, sa logique ne peut dépasser le binarisme. Il agit comme si la ZAD était peuplée d’un côté de radicaux qui bâtissent des barricades et jettent des cocktails molotov, et d’un autre de gentils porteurs de projets qui n’attend que de se régulariser. Il croit sans doute qu’une fois que les seconds auront rempli leurs fiches, il suffira de déloger les premiers pour que le bocage redevienne paisible. […] Ce n’est pas parce qu’on monte sur une barricade qu’on ne sait pas tenir un crayons ou traire une vache, et vice versa. L’État a donc aussi contribué à donner à certains de ses farouches opposants des moyens de consolider leur situation. (Tank, on est là ! Conseil pour le Maintien Des Occupations).

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Le rouleau compresseur militaire

Lundi 14 mai. Le fin de la « trêve » est annoncée, l’opération doit reprendre devrait reprendre dans la semaine. L’État joue la montre, mise sur un essoufflement de la résistance, tente la division sur la question des fiches et s’assure un bocage entièrement sec et praticable par les hommes et les machines. Jeudi 17 mai, au matin. Le campement prévu pour accueillir plus de 800 soutiens est toujours clairsemé. Mais ça y est, les flics sont là. Leur débarquement se fait simultanément sur la D81 vers la Saulce et depuis le Nord du Liminbout. En peu de temps ils passent les barricades, au blindé ou à pied, et parviennent à se déployer et à sécuriser une grande surface s’étendant de la forêt de Rohanne à Puiplu, en passant par la Châteigne.

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Bien que peu médiatisés, le nombre insuffisant de personnes présentes sur zone pour la défendre ont su mené des actions d’harcèlement du dispositif. Gonflés en expérience depuis la première vague d’expulsion, une multitude de petits groupes ont tenté malgré tout de percer les lignes pour atteindre les machines destructrices défendues bec et ongles par des gendarmes en surnombre. Le triton a lui aussi montré le bout de sa tête et est venu redonner du courage aux résistants. A l’image des dernières semaines, les forces de l’ordre ont répondu par des salves continues de grenades en tous genres, provoquant des blessés frôlant la mort.

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Dans l’après midi, une fois que le dispositif de gendarmes assuraient le passage des machines, les lieux visés furent méticuleusement détruits . Plaques d’immatriculation masquées et ouvriers cagoulés, les entreprises collaborationnistes ne s’attardaient que rarement sur les cibles : quelques coups de pelle, un beau tas de débris et les engins étaient rapidement exfiltrés. La Châteigne, Puiplu, la Datcha, la Vosgerie, la Freuzière, le Phoenix, les Domaines, la Tarte, le Pré Failli, la Gare et Ker Terre ont finalement été éradiqué sur les deux jours d’intervention, sans compter évidemment le ravage des chemins, des champs et des clôtures.

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La Châteigne « c’est ce chantier collectif de 40 000 personnes, ce hameau magique sorti de terre qui a signé la défaite de l’opération César. La construction de la chat-teigne a marqué la montée en puissance d’un mouvement populaire qui allait finir des années plus tard par arracher l’abandon du projet d’aéroport. Après avoir été un espace de convergence vibrant des mois durant pour et par les comités de soutien, les cabanes de la chateigne s’étaient transformées en habitat plus permanent. » (Communiqué sur la seconde phase d’expulsion en cours sur la zad)

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Puiplu n’est plus, le collectif de solidarité rouennais est en deuil. Comment rebondir ? Comment poursuivre l’expérimentation collective à l’oeuvre ? Comment prolonger l’appel d’air révolutionnaire au sein d’une ZAD défigurée ? «  Faute de pouvoir matériellement et politiquement expulser tout le monde, ces opérations cherchent à imposer des conditions drastiques pour le maintien des projets sur la zone et pour en fragiliser la dimension collective. Nous appelons pour notre part à se mobiliser largement sur le terrain et au-delà pour la défense des divers lieux de vie, réalités et activités qui s’entremêlent sur la zad. «  (Communiqué sur la seconde phase d’expulsion en cours sur la zad)

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Nous sommes là, nous serons là. Convergeons maintenant ou au plus tard tout l’été sur la zone pour la reconstruire, redonner courage et perspectives aux occupants qui vivent depuis le 9 avril sous occupation militaire permanente et qui ont vu nombre de leurs lieux de vie et d’activité disparaître. La ZAD refleurira.

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Ajout du 22/05 : le rassemblement de reconstruction qui a eu lieu dimanche 20 mai sur la zone a donné lieu à tout un tas de chantiers collectifs dont l’un consistait à démurer les lieux précédemment expulsés et murés. La gendarmerie, qui devait déjà revenir pour le déblaiement des habitats détruits, a utilisé ce prétexte pour revenir ce mardi matin en masse accompagnée de blindés afin de se réintroduire sur la zone et continuer son massacre. Aujourd’hui, une personne a perdu sa main suite à l’explosion d’une grenade GLI-F4.

 

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