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Le cafouillage comme mode de gouvernement

🔴 RENTRÉE DU 11 MAI « PAS OBLIGATOIRE », NOUVEAU DÉLIT DE VIOLATIONS RÉPÉTÉES DU CONFINEMENT JUGÉ ILLÉGAL – LE CAFOUILLAGE COMME MODE DE GOUVERNEMENT

Le retour à l’école le 11 mai « ne sera pas obligatoire »
Sandale des masques, des blouses, de tests, etc. On ne revient pas sur les épisodes précédents. Les dernières 48h ont été assez riches en cafouillage de toutes sortes. A commencer par cette fameuse rentrée le 11 mai. C’était l’une des annonces principales de Macron lundi dernier. Mais elle a aussitôt entrainé une levée de bouclier de la part des professeurs, des parents et aussi des médecins autour de la pertinence sanitaire d’une telle mesure :
« La réouverture des crèches, des écoles et des lycées le 11 mai fait courir un risque inutile. Les enfants vont naturellement jouer ensemble et risquent de ramener le virus à la maison » (le président de la Fédération des Médecins de France).

Une pétition que nous avions relayée est également lancée et s’oppose au caractère obligatoire de la mesure. Dès mardi matin, Blanquer, le ministre de l’éducation a été obligé de revenir en arrière : Le retour à l’école le 11 mai « ne sera pas obligatoire ». « Il est hors de question d’avoir des classes bondées dans cette situation (…) il ne pourra pas y avoir de grands groupes dans les classes ».
Y aura-t-il des masques, des tests sérologiques, comment les choses seront-elles organisées ? Y aura-t-il assez de place si on dédouble les classes ? Comment respecter les gestes barrières. C’est le flou le plus total.

Cerise sur le gâteau : « Ce sera de l’accueil, pas de l’enseignement » déclare le ministre. « Quoiqu’on arrive à mettre en place, l’année scolaire est terminée ». « On n’est pas la garderie du MEDEF » ont riposté les enseignants sur les réseaux. Il est vrai que la mesure, inédite en Europe, colle parfaitement avec la volonté de remettre les parents au travail. Avec une telle impréparation, ce sont cette fois les professeurs qui seront an première ligne et devront supporter la charge de travail mentale et affective. Un mois de pendu au collège ça risque de faire long !

L’argument principal aussi vaut le détour. Il s’agirait de lutter contre les inégalités sociales. Problème : si la reprise n’est pas obligatoire, ce sont évidemment les milieux favorisés et les familles dont les parents ne sont pas obligés de travailler qui auront réellement le choix et qui n’enverront pas leurs enfants à l’école. La mesure est donc proprement inégalitaire du point de vue sanitaire. Et le tout indique à quel point le gouvernement est dépassé par la situation.

Deuxième cafouillage massif : le caractère illégal du nouveau délit de violations répétées du confinement
Comme nous le disions hier, le confinement a donné lieu à un usage massif de la contravention qui manifeste d’un côté l’extension de l’arbitraire du pouvoir policier en même temps qu’il constitue une forme de plus en plus courante de gestion des populations.

Décidée en urgence, la loi du 23 mars 2020 crée un nouveau délit, « réitération, à plus de trois reprises dans un délai de 30 jours, de violation des interdictions édictées dans une circonscription territoriale où l’état d’urgence sanitaire est déclaré », et prévoit une peine allant jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 3750 euros d’amende. Plusieurs personnes ont déjà été incarcérées.

Or, le 13 avril le tribunal de Rennes a relaxé un prévenu qui comparaissait après avoir été verbalisé quatre fois pour être sorti de son logement sans motif dérogatoire valide. Le tribunal de Rennes a relaxé le prévenu au motif que son arrestation n’était pas légale. L’argument est juridique : le fichier qui a permis aux forces de l’ordre de constater que le jeune homme avait déjà été verbalisé à quatre reprises lors de ce cinquième contrôle, n’est pas un fichier prévu pour cette infraction. Baptisé ADOC (pour Accès aux Dossiers des Contraventions), ce recueil des infractions permet de recenser toutes les contraventions routières automatisées en temps réel, qu’il s’agisse d’un dépassement de vitesse autorisée ou d’un franchissement de feu rouge ou de passage à niveau. Mais, bien évidemment, ce fichier créé dans la loi du 13 octobre 2004, ne permet pas d’y inclure les contrevenants aux règles du confinement de 2020.

Ce nouveau délit constitue aussi un casse-tête juridique. Une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) a d’ailleurs été déposée devant la cour de cassation. Un individu verbalisé à quatre reprises et qui conteste les procès-verbaux dispose d’un délai d’au moins 45 jours pour le faire. Tant que ses quatre premières infractions ne sont pas confirmées par un tribunal de police, il est donc considéré comme ne les ayant pas commises. Il ne peut donc pas être condamné pour une cinquième verbalisation.
Bref il y a une faille juridique et logique dans la nouvelle disposition du 23 mars 2030. Et c’est bien un tel bricolage qui a permis des gens en prisons pour des contraventions.

Un gouvernement compétent est-il possible ?
On a donc bien raison de relever et de critiquer les nombreux cafouillages du gouvernement. Il n’est clairement pas en mesure de gérer la crise actuelle malgré les airs qu’il se donne. Et il faut bien reconnaître que certains gouvernements font mieux que d’autres dans la gestion de la crise. Il est bien légitime aussi de vouloir faire payer les incapables d’aujourd’hui pour leur responsabilité.

Il reste pourtant une question redoutable qu’on aurait tort d’éviter : un gouvernement compétent est-il possible, et même désirable ? Loin des exigences de maitrise gouvernementale qui expriment le désir d’un monde qui pourrait être assez peu désirable (#1984), il se pourrait que le gouvernement dans sa nature et son fonctionnement même (captation du pouvoir par une minorité au profit d’une logique économique folle nommée capitalisme) soit amené à être dépassé par les crises réelles auxquelles nous sommes amenés à faire face. C’est ce que nous enseigne tous les jours la gestion du réchauffement climatique par exemple. Il se pourrait que le cafouillage soit la tendance propre non pas de ce gouvernement mais de tout gouvernement, et qu’il n’en soit plus un. C’est alors avec le principe même du gouvernement que nous avons un problème.
A l’avance, à ceux qui voudront nous opposer les morts et les souffrances réelles nous répondons que c’est précisément pour être à la hauteur de ce drame humain, et tout ceux qui ne vont pas manquer d’arriver, qu’il importe de se poser ces questions aujourd’hui.

Sources :
https://www.publicsenat.fr/…/retour-en-classe-ce-sera-de-l-…

https://www.franceinter.fr/…/le-nouveau-delit-de-violations…

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