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Le confinement modifie les mouvements de la Terre. Rendue à sa vibration première elle nous murmure quelque chose

🌎 LE CONFINEMENT MODIFIE LES MOUVEMENTS DE LA TERRE,
RENDUE À SA VIBRATION PREMIÈRE ELLE NOUS MURMURE QUELQUE CHOSE

La terre vibre en permanence. Au-delà de la rotation autour de son axe et autour du soleil, elle est animée d’un mouvement continu, d’un tremblement, d’un bourdonnement – une respiration pourrait-on dire. Il s’agit d’un phénomène naturel. Une vieille histoire de magma, de failles, de fracturations et de plaques tectoniques. Plus de quatre milliards d’années que ça dure.

Mais depuis l’ère industrielle, la vibration de la croûte terrestre est amplifiée par l’agitation et le grouillement du même nom. Aux rythmes géologiques est venu se superposer la grande mécanique capitaliste. Et ça creuse, ça perce, ça pompe, ça fore, ça arrache, ça abat. Ça déplace et ça se déplace : par mer, air ou terre, des monstres d’acier sillonnent le monde. Ça machine à longueur de journée, ça perce, ça frappe, ça emboutit, ça presse – ça usine. Pour que vive le NASDAQ et le CAC 40 !

Avec le confinement, des millions de personnes restent chez elles. Beaucoup d’usines et de moteurs se sont tus. Les déplacements ont chu. Résultat : la terre, cette grosse bête de six milliards de billions de tonnes, tremble moins. Les vibrations de la croûte terrestre se sont réduites. Les sismologues, presque poétiques, parlent de réduction du bruit sismique. Il parait donc que la terre chante. « Les mouvements du sol à des fréquences de 1-20 Hz [plus profondes que le son d’une contrebasse, semblable à un grand orgue] sont beaucoup plus faibles depuis la mise en place des mesures de confinement par le gouvernement » déclarent les scientifiques de l’Observatoire royal de Belgique.

En vrai la Terre a été rendue à sa vibration première. C’est la musique d’avant les hommes d’aujourd’hui, celle d’avant l’économie qui résonne pour la première fois depuis longtemps. Pour la joie des dauphins, des pumas, des rorquals et de tous les animaux sauvages du monde. Les confinés d’hier reprennent du terrain. C’est un chuchotement qu’il nous faut être capable d’entendre, comme un message qui nous est murmuré : « Mais pour quelles raisons votre monde devrait-il continuer ainsi, ou continuer tout court ? » Voilà bien le mystère d’une civilisation qui n’a d’autres prétention que de durer alors que tout lui rappelle qu’elle courre à sa perte.

Que chante la terre et tous ses mondes. Puissent-ils gouter ce répit inattendu avant que notre folle course vers l’abime reparte de plus belle. Quelle force nous faudra-t-il en effet pour y mettre fin ? Telle est la question fondamentale, question révolutionnaire s’il en fut, qui se pose aux humains d’aujourd’hui. Et si nous échouons que vienne alors notre sortie du game. Il n’y aura pas grand monde pour nous regretter.

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