AnalyseArticlesCoronavirusEn lutteUne

Le gouvernement impose la reprise de l’école contre l’avis de son conseil scientifique : en route vers l’inconnu

Le gouvernement va vraisemblablement annoncer dans les heures qui viennent des mesures précises qui vont encadrer la reprise de l’école prévue le 11 mai. Il ne s’agit pas pour l’instant de la fin du confinement même si celui-ci va nécessairement être singulièrement atténué pour des millions d’élèves et pour leurs parents. Comment cela va-t-il se passer ? A quoi faut-il se préparer en renvoyant les enfants à l’école ? Et qu’y a-t-il à craindre ? Il existe déjà des éléments de réponse.

On sait déjà que les écoles, collèges et lycées rouvriront le 11 mai, dans le cadre d’un déconfinement programmé, alors que tout rassemblement sera interdit, que les restaurants, les bars et les bibliothèques seront fermés pour éviter que le virus ne s’y propage. Sous couvert d’égalité sociale et de lutte contre l’exclusion, il n’a pas fallu chercher bien loin pour comprendre la raison de l’ouverture des écoles : c’était la condition de la reprise du travail, et donc de l’économie. Ce monde fonctionne ainsi : les enfants à l’école, les parents au travail. Ici s’arrête la réflexion sur comment s’occuper des enfants. Derrière cette incapacité à penser l’école au-delà de la fonction garderie, des questions pratiques nous viennent, auxquelles le gouvernement a consciencieusement répondu par tout et son contraire, de sorte que même Jean-Pierre Pernault se demande ce qu’il se passe, et ce qu’il va se passer le 11 mai.

La question, donc, est et demeure : concrètement qu’est ce qui est prévu ? Le gouvernement se contredit et multiplie les énoncés, mais globalement le plan c’est une rentrée étalée sur trois semaines, qui se fera par secteur et peut être par région, des groupes qui ne pourront pas dépasser les 15 élèves. Les parents auront le choix d’envoyer leurs enfants à l’école ou de poursuivre l’enseignement à la maison.

Des réponses floues et absurdes, qui soulèvent encore plus de questions : les enseignants doivent-ils à la fois faire cours pour les élèves à la maison et pour ceux en classe ? Comment faire respecter les normes sanitaires minimum à des enfants ? De plus, qui reprend réellement les cours le 11 mai ? C’est encore flou.

Le gouvernement affirme faire primer des critères sociaux, ces fameux enfants « en dehors des radars ». Qui va juger de qui est suffisamment en difficulté pour revenir à l’école ? Le bac étant annulé, quel intérêt de rouvrir les lycées et de soumettre les lycéens à une discipline sanitaire hors-norme ?

Outre ces questions de bon sens, le premier moment d’incompréhension légitime se manifeste par la multiplication des avis spécifiques qui contre-indiquent la réouverture des écoles. Depuis le début de la crise, le gouvernement est conseillé par le Conseil scientifique, qui a sorti samedi un rapport recommandant la fermeture des écoles jusqu’en septembre. Ce Conseil qualifie la mesure de « décision politique », et exige en réaction au minimum le port du masque obligatoire pour les enfants et les adultes, ainsi qu’un ensemble de gestes barrières comme la distance de 1 mètre, une prise de température régulière, etc. Les syndicats de professeurs annoncent que ce serait impossible à gérer. Drôle d’image que celle d’un enfant avec un masque, symbole de la mort définitive de toute naïveté sur le cours des choses. L’Italie ou l’Espagne ont fermés leurs écoles jusqu’en septembre. Pourquoi donc la France s’acharne-t-elle ? A quoi prépare-t-on nos enfants ?

Des maires ont déjà annoncé qu’ils ne rouvriront pas les petites écoles primaires, notamment en Seine-Saint-Denis, région qui est pourtant une Zone d’Education Prioritaire. A Bobigny ou à Noisy-le-Sec, les mesures jetés au hasard par le gouvernement sont considérées irréalisables. De toute façon, les écoles n’ont pas les moyens de les mettre en place. Pour les maires, les conditions sanitaires ne seront absolument pas réunies, les professeurs ne seront pas testés, etc.

Si cette décision a été jugée scandaleuse, c’est notamment parce que les enfants sont considérés être un vecteur important du virus, ce qui est le cas pour la grippe par exemple. Une étude récente l’a démenti, et elle établit que les enfants ont d’une part beaucoup moins de chance de développer des symptômes graves, et d’autres part sont peu contagieux. Ouf. Mais le vrai scandale n’est pas là. Occuper les enfants pour renvoyer les parents au front, là est la vraie folie. Relancer les écoles signifie plus de temps pour les parents pour travailler et produire, à la maison ou au bureau. On a tous vu, pour les parents qui ont la chance de pouvoir se confiner, l’enfer supposé qu’est l’école à la maison ou simplement d’occuper ses enfants : la question est maintenant réglée. Cela signifie aussi relancer les déplacements des parents, des professeurs, de tout le personnel. Le 11 mai est la date de réouverture des écoles, mais tout le monde en parle comme la date de la fin du confinement.

La crainte légitime est donc celle d’une deuxième vague d’épidémie, ou l’accélération de la première. C’est le cas en Asie, en Chine notamment, où lorsque la population a commencé à se déconfiner, les cas ont ré-augmenté. Certaines villes ont du se reconfiner.

Le gouvernement est apparemment prêt à prendre le risque.

Fermer