Un contributeur nous envoie ce texte sur le pseudo scandale du  » Suicidez-vous, suicidez-vous ! « 

Une enquête ouverte par le parquet de Paris

Tout le monde le sait tant l’information aura été reprise en boucle par tous les médias. Lors de la manifestation samedi dernier à Paris, certains gilets jaunes ont lancé un nouveau slogan à l’adresse des policiers :  » Suicidez-vous, suicidez-vous !  »

Il n’en fallait pas plus pour que l’affaire soit montée en scandale par le ministère de l’intérieur et pour que le parquet ouvre une enquête pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique commis en réunion. Mais des gilets jaunes désirent-ils franchement et réellement que des flics se suicident ? La réponse est évidemment non et pour le comprendre il faut faire la genèse de cette provocation.

Il faut d’abord savoir qu’il existe un slogan que les manifestants adressent généralement aux badauds qui les regardent passer passivement :  » Ne nous regardez, pas rejoignez-nous ». De mémoire de manifestant, on n’a jamais vu un passant se joindre aux manifestants suite à une telle demande.

 » Ne vous suicidez pas rejoignez-nous « 

En référence à l’épidémie de suicides qui frappe les forces de l’ordre, suicides résultant évidemment des difficultés propres à la profession mais aussi à la détestation qui frappe la fonction, un nouveau slogan apparaissait le matin comme un détournement malin du premier slogan.  » Ne vous suicidez pas rejoignez-nous  » ! Il faut reconnaître que c’était bien trouvé. Témoignant encore une fois de la puissance créatrice de la rue, cette fois-ci au niveau même du langage. Il y aurait effectivement une issue plus glorieuse et surtout moins malheureuse pour ces policiers désespérés. Quitter le rang et la profession. Rejoindre les gilets jaunes et faire l’expérience de la lutte fraternelle et légitime. Tuer le flic symboliquement mais garder l’homme. Mais malheureusement le propre et le drame du suicidé c’est qu’il ne voit plus aucune issue possible à son malheur.

Quoi qu’il en soit après une journée à subir les assauts répétés, les humiliations, les brutalités policières et les blessures qu’elles entraînent inévitablement, certains opéraient un nouveau petit décalage à l’égard de la récente invitation. Non plus :  » Ne vous suicidez, pas rejoignez-nous !  » mais  » Ne nous rejoignez pas, suicidez-vous ». Et pour finir en plus bref : « Suicidez-vous ! » Pas plus que les gilets jaunes du matin ne s’imaginaient que les flics au bord du suicide allaient les rejoindre, les gilets jaunes du soir ne désiraient pas fondamentalement que les policiers se suicident.

Il ne s’agit pas d’un appel littéral au suicide

Il s’agit en effet d’une provocation, entre moquerie et dépit, qui permettait d’adresser à la police un message exprimant tout le mal que l’on pense d’elle et qui permet de retourner de manière symbolique la violence qu’elle exerce sur nous toute la journée de manière bien réelle. Vous ne voulez pas nous rejoindre et bien suicidez-vous. Il ne s’agit pas d’un appel littéral au suicide comme feint de le croire l’enquête qui a été ouverte à ce sujet. Tous les journalistes le savent pourtant, il y a le sens propre et le sens figuré. Le sens littéral et le sens imagé. Le « Suicidez-vous » est en fait un trait ironique, comique même, génial diront certains, qui témoigne qu’il y a plusieurs usages de la langue possible et que même confronté à la pire des brutalités policière il est encore possible de faire preuve d’humour.

Nous apprenons non sans surprise qu’il en manque aussi à toute la clique des journalistes, des politiciens, des flics et des procureurs. A ajouter à leur manque d’humanité et de dignité. Le « Suicidez-vous » devrait autant intéresser les amoureux de la langue, de la création libre et de la poésie qu’il a offusqué les garants de l’ordre en tout genre.

Ce matin, à froid, nous relançons le premier appel aux flics désespérés. Ne vous suicidez, pas rejoignez-nous. Vous serez bien accueillis, n’en doutez pas, et ça pourrait même vous redonner goût à la vie.

Source vidéo : Le Média TV