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A trois jours de la trêve hivernale, la justice ordonne l’expulsion des Jardins Joyeux

Ce vendredi 29 octobre au matin, le juge des contentieux de la liberté ordonnait l’expulsion sans délais des Jardins Joyeux à Rouen. Une décision plus que précipitée car, dès 15h30, une huissière venait déjà sur place remettre l’ordonnance d’expulsion.

Prise à quelques jours de la trêve hivernale, cette décision odieuse fait courir le risque de voir plusieurs dizaines d’habitants du lieu (dont des familles avec enfants) jetées à la rue. L’absence de délais de leur laissant aucune possibilité de chercher une éventuelle solution d’hébergement alternative.

Depuis le 13 Juin dernier, le collectif des Jardins Joyeux occupait l’ancien foyer de jeunes filles situé rue de Joyeuse à Rouen pour s’opposer à un projet immobilier destructeur prévu en ces lieux. Voulu comme une maison de quartier abritant expositions d’artistes, potagers ouverts aux riverains mais également hébergement de personnes – notamment migrantes – les Jardins Joyeux ont su se faire une place dans la vie du quartier qui a largement soutenue l’occupation.

Toute la vie qui s’est développée au cours des mois en ces murs rend d’autant plus immonde la décision du tribunal. Une décision qui incarne à merveille le mépris de la caste dirigeante pour toute initiative sociale spontanée et témoigne une fois encore de sa nature profondément froide ; incapable de voir autre chose en l’humain qu’une chose qu’une machine à travailler et consommer.

Pourtant, le combat continue. Ainsi, contacté par les équipes de Rouen dans la Rue, le collectif des Jardins Joyeux nous fait savoir sa volonté de faire appel de la décision.

Ces derniers appellent également à un rassemblement devant l’hôtel de ville de Rouen qui aura lieu Mardi 2 Novembre à 18h

Voir ci-dessous le communiqué du collectif des Jardins Joyeux.

 

LE TRIBUNAL NOUS DÉCLARE EXPULSABLES. UN RECOURS A ÉTÉ DÉPOSÉ. RENDEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT AUX JARDINS JOYEUX POUR PENSER LA SUITE.
-Réunion publique le mardi 2 novembre à 18h sur la place de l’Hôtel de ville pour penser le nouvel habitat, en ville ou non, et trouver des alternatives à ce qu’on nous propose-
Aujourd’hui, vendredi 29 octobre, la Justice déclare les Jardins Joyeux expulsables sans délai. Faisant fi de l’exception de jurisprudence selon laquelle une procédure engagée doit être close avant toute décision sur une autre procédure, le juge des contentieux et de la protection déclare les Jardins Joyeux expulsables. Cette décision semble plus un jugement moral sur les personnes occupantes qu’un verdict neutre prenant en compte les procédures légales.
En réponse, nous choisissons de faire appel de la décision et de solliciter la suspension de l’exécution d’expulsion auprès de Madame la Première Présidente de la cour d’appel.
Nous ne comprenons pas ce verdict puisque plusieurs arguments soutiennent la sauvegarde et la protection des bâtiments et des friches.
D’abord, le contexte écologique exige la création de zone de résilience alimentaire, la protection de la biodiversité et le maintien des zones boisées notamment pour supporter les canicules estivales.
Ensuite, les Jardins Joyeux sont situés sur un ancien couvent, au cœur du quartier Saint Nicaise. C’est donc un patrimoine historique et culturel à mettre en valeur.
D’autre part, la question de l’habitat en ville est au cœur du combat. La construction de logements neufs alors que de nombreux logements sont vides ou vétustes nous semble totalement inappropriée. L’unique argument valable pour justifier la frénésie de construction de logements neufs semble la défiscalisation permise par la loi Pinel.
En cela, nous nous battons ici aux Jardins Joyeux contre ce monde, contre cette logique d’enrichissement aux dépends des citoyen.ne.s et aux dépends de la planète. Nous nous battons pour que le logement soit pensé de manière collective au sein d’un groupe et qu’il soit attentif aux questions écologistes et accessibles à tous.tes. Nous nous battons pour qu’il n’y ait plus de logement neufs tant qu’il y en a tellement à rénover et vides. Nous nous battons pour penser l’habitat autrement qu’à travers des logiques d’intérêts économiques.
Nous attendons aussi le soutien avéré de la municipalité. Voulant faire de Rouen la capitale française de la transition écologique, se positionnant médiatiquement en faveur de politique de protection de l’environnement, nous ne comprenons pas leur absence. Cette municipalité a été élu pour son programme socialiste et écologiste, nous demandons de la congruence de leur part. Europe Écologie Les Verts refuse de signer le permis modificatif, nous leur demandons d’aller plus loin : que la mairie aille à l’encontre d’une expulsion par les forces de l’ordre décidée par la préfecture.
La rapidité de l’exécution alors que le verdict n’a été rendu public
qu’à 9h ce matin est scandaleuse. De nombreuses personnes vivent sur
place, sans aucune autre solution de logement. Un délai de 3h seulement
est déloyal d’autant plus qu’une procédure d’appel est en cours. Nous
demandons l’annulation de cette expulsion immédiate.