Nos envoyés spéciaux Rouen dans la rue relatent le cinquième jour d’expulsion de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes qui a débuté lundi 9 avril au matin.

Après quatre jours de résistance intense, de nuits courtes, de lieux détruits, d’affrontements, de blessures, la fatigue se fait ressentir. Elle pèse. Les déclarations de la préfète et celles de Macron portent les opposants vers une grasse matinée. Mais rien n’y fait, tôt le matin les flics encerclent la Grée : une perquisition a lieu pour rechercher une personne qui aurait tiré une fusée sur un hélicoptère de la gendarmerie. Ils réquisionnent de nombreux objets et effets personnels, tentent d’obtenir l’identité d’une personne perchée sur le toit, et renoncent.

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8h du matin. On apprend que deux arrestations ont eu lieu. C’est la préfecture qui les souhaitait avant sa conférence de presse. Les flics sont déployés à la Saulce et s’avancent vers l’Ambazada et la barricade des Lascars. Ils sont sur la D81 et s’étendent dans la fôret de Rohanne. Ils chargent et réussissent à enfoncer la barricade impressionnante de Lascars, ouvrant la voie pour le chemin de Suez. Le blindé suit et s’embourbe. Un autre blindé a été nécessaire pour l’en sortir.

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Les flics stagnent au-délà de la barricade, dans le champ de la Wardine et le long de la fôret de Rohanne. Entre deux salves de lacrymogènes et de grenades offensives, des opposants armés de larser verts ébloussient les flics en faction, ceux armés de LBD ou de lanceurs-cougars les empêchant de viser, et potentiellement de blesser comme ils l’entendent. La manoeuvre fonctionne et les sommations d’usage sont doublées de « hé vous, arretez avec votre laser, sinon nous ferons usage de grenades assourdissantes » !

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Malgré l’ascendant militaire des forces de l’ordre, les GM savent pertinemment que s’enfoncer d’avantage sur le chemin de Suez, c’est engager un niveau de violence d’autant plus intense, s’exposer à un drame et s’embourber dans un nouveau front à la veille de la manifestation nantaise. Ils se replient, d’abord sur la Saulce et la lignée de fourgon converge vers les Ardillères. Leur retraite, point faible flagrant du dispositif, est de nouveau périlleuse. Des dizaines de manifestants les suivent jusqu’à la Vacherie pour s’assurer de leur retraite, sous une pluie de grenades.

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Manifestement, la soi-disante « fin des expulsions » ne signifie pas « fin de l’opération » : les flics marquent leur présence, attaquent les barricades pour libérer les routes, harcèlent les opposants là où ils sont et là où ils tentent de reconstruire. On apprend que la préfecture souhaite redonner une chance aux occupants pour signer des conventions de régularisation individuelles, simplifiées pour l’occasion, et doivent les rendre sous 10 jours sinon de nouvelles expulsions pourraient avoir lieu. Personne ne semble vouloir céder au chantage. Elle ajoute aussi que la présence des forces de l’ordre sera prolongée pour 3 semaines ou 1 mois, pour « restituer l’état de droit » qui se résume ici à « harceler » les occupants. Pour finir, la préfète laisse entendre aussi que le rassemblement de reconstruction de dimanche pourrait être interdit. Le directeur de la gendarmerie est en faveur de cette option.

Il y a une importance cruciale à ce que le rendez-vous de dimanche soit massif. Venez avec du matériel de construction, de la nourriture et tout ce qui pourra redonner de la force à la résistance qui se déploie sur la ZAD ces jours-ci et pour le maintien du rapport de force engagé depuis le début de la semaine.

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