Hier matin, Emmanuel Macron s’est rendu au CHU de Rouen pour dévoiler son « plan autisme ». Sa visite n’a bien évidemment pas suscité que des sourires complaisants face-caméra. Dans un contexte social particulièrement tendu au sein du milieu médical, un comité d’accueil, appelé par l’intersyndicale, est là pour le recevoir comme il se doit.

De nombreuses fouilles et des contrôles d’identités sont effectués : tous les accès au CHU sont gardés par des policiers, RGs à l’appui. Des étudiants en lutte contre la sélection, réunis à plus de 400 le 4 avril en Assemblée Générale, se joignent au rassemblement, non sans avoir été bousculé par la police à la sortie du TEOR, quelques coups de matraques dans les chevilles à l’appui. 400 personnes sont sur place : « salariés des administrations, hospitaliers, étudiants, dockers, salariés de l’industrie, de la poste, les retraités, les enseignants » indique le Paris-Normandie. Dès 6 heures, les dockers du Port Maritime tenaient par ailleurs un piquet de grève sur la voie d’accès aux restaurants des quais rive droite.

Au CHU, l’idée de « prendre en chasse » Macron jusqu’à la crèche Graffiti’s (rue Eustache-de-la-Quérière, rive gauche), point final de sa petite campagne de com’, émerge finalement du rassemblement et rencontre un enthousiasme notable chez les étudiants. Ceux-ci s’attroupent devant l’arrêt de bus. A peu près personne ne prend malheureusement le soin de faire passer le mot aux grappes de manifestants, assez éparpillées, qui s’affairent encore ou papotent sur l’esplanade de l’hôpital. L’empressement des uns à partir en bus doublée de la dispersion des autres, attendant peut-être le feu vert des directions syndicales ou retournant simplement au travail, nous fait passer de 500 à 40 personnes en quelques minutes. Les étudiants prennent néanmoins le TEOR puis le métro jusqu’à l’arrêt Jean-Jaurès rive gauche, pour rejoindre la crèche. L’ambiance est bon enfant, on rigole bien. Évidemment, la police ne tarde pas à se pointer sur place avec tout l’avantage qu’ont 4 fourgons de keufs et un GPS sur une quarantaine de jeunes qui refusent de courir pour « ne pas les énerver ». Le piège se referme assez rapidement, les flics sont en tenue anti-émeutes, bloquent la rue et nous repoussent sur Saint Julien.

Le rythme s’accélère. Une petite charge, quelques coups de matraque gratos : il n’en fallait pas plus pour qu’on se mette enfin au galop. La police nous nasse finalement après avoir pris soin de nous éloigner des rues commerçantes. Cette suspension étrange de 2h30 devant un local de la FSU aura eu le mérite de dévoiler quelques vérités. D’abord que la nature brutale et arbitraire de la police ne se révèle généralement que quand on la ressent dans sa propre chair, par la matraque, la contrainte ou l’enfermement. Ensuite, que c’est la police qui définit le niveau de violence d’une situation, que l’on court ou non : par sa supériorité manifeste en termes d’équipement, par sa légitimité juridique, par son monopole territorial sur la ville et la liberté d’en user par tous les moyens nécessaires : nasse, blocages, surveillance, présence dissuasive ou provocatrice. La manière dont un certain nombre de gens apparaissent et agissent désormais en manifestation tente par ailleurs de correspondre à cette nouvelle donne.

Il ne s’agit pas de généraliser un folklore radicale inutile, mais d’être prêts à prendre des initiatives rapidement en abandonnant quelques idées pré-conçues qui nous mènent dans la gueule du loup. Il est illusoire de penser qu’un quelconque « droit de manifester » existe encore en France dès lors que l’on prend la moindre initiative dans la rue. Son invocation ad nauseam ne rencontre jamais que le mépris amusé des uniformes et nous empêche de penser les moyens d’atteindre, en pratique, nos objectifs. A savoir, ce jour là : aller jusqu’à cette crèche à la con. C’est bien entendu raté, la préfecture n’autorisant notre libération qu’une fois que toute raison d’agir se soit évaporer, c’est à dire après 2h30 d’attente et que Macron se soit tiré. On ne se consolera pas indéfiniment avec l’indignation médiatique toute relative que suscite la nasse de quarante « nervis d’extrême gauche » dans un coin paumé de Rouen. Ce constat est bien heureusement à nuancer, pour preuve en est le refus collectif de sortir par petits groupes – comme un policier nous le permettait après la première heure d’attente – pour éviter les contrôles d’identité et les arrestations éventuelles. « On sort tous ensemble ! ». Et si c’est non, on restera là. La police, ça rapproche parfois.