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Mesdames et Messieurs, la partie est terminée. Joyeuse Apocalypse

Loin des préoccupations liées aux effets immédiats de l’épidémie en cours, un lecteur nous fait parvenir ces quelques réflexions. S’il faut bien suivre l’avancement du virus, les mesures politiques qui l’accompagent et leurs accents dystopiques, les gesticutions pour sauver l’économie, et enfin toutes les formes de solidarité qui fleurissent un peu partout, nous pensons qu’il nous faudra aussi trouver des pistes pour penser notre rencontre avec ce virus.
En voici quelques unes, parmi d’autres.

 

Mesdames et Messieurs, la partie est terminée. Joyeuse Apocalypse

Certes, de nombreux articles ces derniers jours recherchent dans l’évolution de la société humaine la faute responsable de la catastrophe. Toute une foule d’experts, de politiciens, de philosophes sont au travail. Les explications sont nombreuses, politiques, civilisationnelles, politiciennes, comme le capitalisme, la sédentarisation, la politique de Macron… souvent toutes ensembles.

Quand l’Europe était régulièrement ravagée par de grandes épidémies jusqu‘à l’apparition de la médecine moderne, on y voyait également une faute humaine généralement morale et donc religieuse. Les hommes avaient provoqué la colère de dieu, engendrant la catastrophe. Et on y répondait en organisant des pénitences, expiations et autres processions publiques qui finissaient d’ailleurs par avoir un jour ou l’autre raison de l’épidémie. Ce sera sûrement l’effet un de ces jours de nos bonnes résolutions.

Notons au passage que les églises restent portes closes, les prières se sont tues et les bénitiers ont étés vidés. Même l’hostie ne passe plus des mains du prêtre à la bouche du fidèle. Le dogme a pourtant été clair sur cette question et si le pain de l’hostie s’est bien transformé matériellement en Corps du Christ, pourquoi n’en serait-il pas de même pour la substance du virus ? À moins que le Corps du Christ ne soit lui-même infecté. D’où ces représentations du Fils de Dieu, la tête tournée, essayant vainement de s’arracher à la croix pour tousser dans son coude.

De vieilles conceptions de l’histoire placent l’origine des sociétés humaines dans un moment d’équilibre primordial entre le ciel, la terre, les hommes… moment de félicité perdu par une faute, une faiblesse irréparable.

L’enjeu de toute vie ne pourra être que la quête désespérée de cet équilibre primordial par une vie angoissée et maniaque qui recrée un équilibre symbolique dans la maison, le village, le mariage… aucune faute ne sera jamais pardonnée, aucun malheur ne sera le fruit d’un hasard.

Il est aujourd’hui admis et défendu scientifiquement que l‘Homme avait autrefois sa place en ce monde ; avant la déforestation, avant qu’il ne se goinfre de tous les poissons et ne change le climat, avant qu’il n’invente la métallurgie ou l’agriculture ou ne se sédentarise. L’âge d’or n’est jamais défini très distinctement mais on voit tous à peu près à quoi il ressemble.

De toute évidence, on a aucune chance de mourir d’un virus si par hasard on a déjà été dévoré par un lion, ou trucidé par son voisin, si on a succombé à une bronchite, ou même tout simplement si on est mort de faim suite à un hiver un peu long. Aussi, c’est avec courage que nous ne céderons pas au ridicule de revendiquer notre catastrophe comme la pire et le modèle même de toutes celles qui ont touchés les hommes. Les boucs émissaires d’hier, étrangers, sorcières, juifs et sodomites, ont cédé leurs places aux patrons et dirigeants politiques, nettement moins à plaindre ; ce n’est pas une raison.

Les virus évoluent et s’adaptent même aux conditions d’hygiène les plus drastiques. C’est certainement la qualité de la médecine moderne qui a poussé à la sélection naturelle de virus de plus en plus contagieux et rapides. Ne cherchons plus de vils prétextes, les désirs de renversement de la société n’ont d’ailleurs besoin ni de raisons, ni de légitimité.

La science nous dit que quand une population est privée de ses prédateurs naturels, elle finit tôt ou tard par être décimée par une épidémie. Serait-ce une nouvelle définition de la transcendance ? Les voies de la nature sont impénétrables, et il est possible que quand tout va bien, ce ne soit pas du fait de notre génie et que de même, quand tout va mal, ce ne soit pas de notre faute.

Le seigneur a donné, le seigneur a repris : loué soit le seigneur. Et ça n’arrive pas tous les jours ! Pour une fois que la pluie tombe de la même manière sur les humbles et sur les têtes couronnées.

Enfin soyons francs, on a pour une fois la chance de pouvoir passer sa journée sur pornhub sans passer à côté de l’évènement et même en le vivant intensément. De même on peut passer son temps à regarder les vidéos les plus débiles des youtubeurs d’internet et être en même temps au cœur de l’actualité et de la production culturelle de son temps.

Oui, je sais, vous attendiez autre-chose… Un texte qui critique sans dire quoi faire, à quoi ça sert en pleine épidémie ? Principalement à rester digne.

N’y a-t-il rien de plus exaspérant que ces révolutionnaires qui promettent le grand soir une fois que les choses seront revenues à la normale ? Que les discours moralisateurs qui applaudissent une défaite de l’espèce humaine et une chance pour la « biodiversité »* ? Que ces bigots qui craignent aujourd’hui l’eau bénite comme des vampires ?

Puisque ces questions resteront toujours celles de ceux qui craignent la mort et non celles de ceux qui craignent de mourir, autant se présenter à elle avec arrogance.

*Cette opposition me semble fallacieuse.
Ceux qui sont confinés à plusieurs, que ce soit en famille, entre amis ou autres en auront fait l’expérience. Que l’on entame un débat sur les précautions à prendre ou même simplement sur la gravité de la catastrophe, et c’est toute une biodiversité humaine qui surgit : Le paisible pangolin qui déclare: « ok, en fait on se fait pas trop chier avec les règles du confinement, mais t’inquiète, on fait gaffe », encore nostalgique de ses savanes natales où jamais on ne l’aurais accusé de tirer une balle dans la tête de sa grand-mère alors qu’il lui a simplement fait un bisou ; ou au contraire, le perfide serpent qui sans cesse insinue que les autres sont à la ramasse, quand il ne les foudroie pas à l’improviste d’un jet de gel hydro alcoolique, tellement à l’aise dans la catastrophe qu’il semble l’avoir attendu toute sa vie.
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