Des universitaires de Rouen écrivent une lettre suite à la décision du président de l’université Joël Alexandre. Celui-ci a en effet fait appel aux forces de l’ordre pour évacuer l’amhpi-théâtre occupé par des mineurs isolés et leurs soutiens, hier sur le campus de Mont-Saint Aignan. Envoyé sur les listes du personnel, les auteurs appellent leurs collègues à signer ce texte et à s’opposer fermement à l’intervention des gendarmes à l’université.

Le théâtre de la misère laisse place à l’indifférence.

La ville de Rouen, comme d’autres territoires en France et dans le monde, voit se dérouler une triste et trop banale pièce dans le décor sombre de ses rues bientôt illuminées par « la magie de noël ». Le sujet de ce nouvel opus : l’errance des mineurs isolés venus d’un autre continent. Depuis quelques semaines les actes s’enchaînent, l’espérance d’un happy end s’éloigne. Des collectifs, politiques, citoyens, étudiants, syndicaux, humains se mobilisent tant bien que mal pour tenter d’aider les personnes en danger. Les concertations avec la mairie, le département, n’y font rien. Le théâtre de la misère laisse place à l’indifférence. Aujourd’hui, dernier rebondissement en date de cette mauvaise tragédie, J. Alexandre qui décide aux alentours de 16h d’envoyer les forces de l’ordre pour évacuer tout ça. Tout ça, ce sont simplement quelques étudiant-e-s et quelques réfugié-e-s venu-e-s dans un amphithéâtre de l’université se réchauffer, se réconforter et surtout trouver un endroit pour inventer des solutions concrètes face à une situation ordinaire.

Les critiques apprécieront néanmoins le travail autour des costumes portés par les forces de l’ordre, le niveau de la mise en scène s’en trouve une fois encore rehaussé.

Devant le titre insupportable inscrit au programme de cette journée, nous, personnels de l’université souhaitons marquer notre désaccord avec la présidence et condamner le recours aux gens-d’armes. Devant le spectacle effroyable de ce quotidien déplorable, devant l’absence totale d’écoute de la part de notre président d’université, par l’inhumanité et la violence dont il a fait preuve en prenant la décision d’envoyer la police sur des acteurs (bien réels cette fois), qui ont peut-être vécu la guerre (la vraie) ; nous, personnels de l’université, tenons à apporter notre soutien total auprès de l’ensemble des personnes qui apportent l’aide dont les réfugiés ont besoin, et par là-même, voulons témoigner notre opposition totale avec la manière dont le plus haut représentant de notre institution a choisi d’écrire la fin de l’histoire.