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Mutineries, évasions et répression sanglante – Retour sur la situation carcérale italienne

L’Italie vit depuis plusieurs jours une fuite en avant sécuritaire dans un contexte d’épidémie de coronavirus. Le pays est plongé dans une sorte de couvre-feu général et permanent. Si celui-ci contraint les individus libres à la quarantaine, il a paradoxalement redonné aux incarcérés un fort désir de liberté et d’amnistie. Sur fond de revendications réclamant des meilleures conditions de détention, des solutions à la surpopulation et des mesures pour l’urgence coronavirus (tests et masques pour tous les détenus, détention domiciliaire pour les condamnations brèves…etc), c’est un vent de révolte qui souffle depuis le 9 mars sur les prisons italiennes. Tour d’horizon, jour par jour, ville par ville :

7 mars

Salerno
Tout le 1er étage dévasté pendant la révolte. Les barreaux des fenêtres de la prison ont été démurés par les détenus, qui ont réussit à monter sur les toits. Différents départs de feu signalés.

8 mars

Modena
La maison d’arrêt a été dévastée en quelques heures, les autorités parlent de la fermer car impraticable. De nombreux détenus ont utilisé des outils de jardinage comme arme. Presque 500 détenus ont tenté une évasion de masse. Après 2 heures de guérilla, l’évasion des prisonniers a été bloquée par l’arrivée de renforts extérieurs de police et carabiniers.

Le bilan de la mutinerie à ce stade est de 10 blessés parmi les agents pénitenciers (beaucoup souffrent de fractures). Du coté des prisonniers, le bilan est beaucoup plus lourd avec 8 morts, et 4 autres en thérapie intensive avec pronostique vital engagé. 18 autres détenus hospitalisés à l’hôpital Sant’Anna.

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Frosinone
Après avoir arraché une grille, les prisonniers sont sortis dans la zone de promenade et ont pris le contrôle des murs d’enceinte. La moitié de la prison a été dévastée et 95 détenus ont été transférés dans la soirée.

Foggia
Deux secteurs et la salle informatique ont été dévastées, beaucoup de vitres ont été brisées et un incendie a été allumé à l’entrée de la structure. Il y a actuellement 40 lits inutilisables. Au total, 72 évadés dont une cinquantaine arrêtés peu de temps après. Il manque encore à l’appel 16 détenus.

Pavia
Détenus sur les toits et sur les murs d’enceinte, deux agents pénitentiaires séquestrés pendant plusieurs heures.

Teramo
Battage des barreaux, incendies dans les secteurs femmes.

Vercelli
Battage des barreaux.

Bergamo
Battage des barreaux

Marassi, Genova,
Battage des barreaux

San Remo
Battage des barreaux

Pontedecimo, Genova
Draps-banderoles accrochés au fenêtres en signe de contestation

Cremona
Incendies dans trois sections différentes

Poggioreale, Napoli
Incendies dans les cellules, détenus sur les toits et présence de familles à l’extérieur.

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9 mars

Opera, Milano,
Protestations, battages des barreaux, présence de personnes solidaires à l’extérieur

Bari
Objets incendiés, personnes solidaires à l’extérieur

San vittore, Milano
incendies, battages des barreaux et détenus sur les toits. Personnes solidaires à l’extérieur.

Bologna
Les détenus ont eu le contrôle du bâtiment pendant de nombreuses heures et l’ont complètement dévasté.
Divers incendies. Trois détenus et deux agents pénitentiaires transportés à l’hôpital.

Rebibbia, Roma
Des évasions sont suspectées. Des incendies ont été allumés dans différentes sections de la prison. Présence de solidaires à l’extérieur.

Regina Coeli, Roma
Incendies et fumées noires épaisses.

Ucciardone, Palermo,
Les détenus ont le contrôle des murs d’enceinte, tentatives d’évasions signalées.

Alessandria,
Protestation des prisonniers.

Vallette, Torino,
Les détenus de 4 sections du pavillon B se sont barricadés à l’aide de lits et tables. Présence de personnes solidaires dehors.

Prato,
Les cellules ont été incendiées. On peut entendre de l’extérieur les hurlements avec 2 revendications: “liberté” et “amnistie”

La Spezia,
Détenus sur les murs d’enceinte

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Trani,
Incendies et détenus sur le toit

Velletri,
Émeutes et incendies à l’intérieur de la prison

Rieti,
Matelas incendiés

Matera,
Détenus sur le toit et en dehors des cellules

10 mars

Rieti,
Mutinerie débutée le 9/03 réprimée avec extrême violence.Le premier bilan fait état de 3 motrs et 6 personnes en thérapie intensive. L’un des détenus en thérapie intensive est décédé dans la nuit du 10 au 11. Comme pour les morts dans la prison de Modène, les
autorités déclarent que ces morts sont dues à des overdoses. Des enquêtes commencent à s’ouvrir…
Les dégats matériels de la structure avoisinent les 2 millions d’euros.

Melfi (Potenza),
Dans la nuit du 9 au 10 mars, la mutinerie a cessé et les détenus ont libéré les 9 otages (4 matons et 5 opérateurs sanitaires). Les prisonniers sont rentrés dans leurs cellules.

Cavadonna (Siracusa),
Contestations. Banderoles exposées demandant l’amnistie, une meilleure gestion et tutelle de leurs droits vis-à-vis de l’épidémie de coronavirus. Les journaux parlent de centaines de milliers d’euros de dégâts matériels.

Fuorni (Salerno),
Premières mesures appliquées et transferts effectués à l’encontre des détenus qui ont participé à la mutinerie. Les contestations, battages de barreaux et grèves de la faim continuent.

Pagliarelli (Palermo),
Les détenus sont sur le toit et il semble qu’une partie de la prison soit contrôlée par environ 400 prisonniers. Les appels via skype ont été autorisés. La directrice affirme que la révolte se calme petit à petit.

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Incendies réguliers de matelas dans les couloirs.

Larino (Campobasso),
Contestation pacifique dans cette prison. Un des évadés de Foggia a été arrété dans cette ville.

Poggioreale (Napoli),
Les détenus des deux pavillons sont en grève de la faim.

Dozza (Bologna),
Dans le Pavillon masculin (encore en révolte), le gaz et l’électricité ont été coupés par les autorités. Il semble que des négociations soient en cours entre détenus et direction afin d’obtenir des mesures d’urgence pour le virus et améliorer les conditions de détention. Cependant un groupe plus déterminé réclame de parler directement avec un magistrat ou un préfet.

Santa Maria Maggiore (Venezia),
Battage des barreaux et hurlements proviennent de l’intérieur. On entend ici aussi “liberté” et “amnistie”.

Pietro Cerulli (Trapani),
Détenus sur le toit avec des extincteurs qui crient “liberté”. Les requêtes ne diffèrent pas des autres prisons en révolte: meilleures conditions de détention, solutions à la surpopulation et mesures pour l’urgence coronavirus (tests et masques pour tous les détenus, détention domiciliaire pour les condamnations brèves…etc).
Les familles sont toujours à l’extérieur des murs.

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Marassi (Genova),
Contestations et battages continuent depuis le 9/03

Coroneo (Trieste),
Contestation pacifique “pour l’instant” selon les détenus. Présence de solidaires à l’extérieur

San Vittore (Milano),
Le département de l’administration pénitentiaire est en train d’organiser l’évacuation de San Vittore, soit le transfert d’une partie des détenus dans d’autres prisons (vu que deux sections ont été dévastées complètement, une étant le “bateau” qui est la section pour les toxicomans).

11 mars

Dozza (Bologna),
Suite à la révolte de mardi, le bilan des détenus décédés est de 2. Ils seraient morts comme par hasard d’overdose comme tous les autres. Les syndicats de police déclarent que la prison ne respecte plus les conditions sécurité pour pouvoir accueillir des détenus. Ils expliquent que la structure a subi des dommages trop importants et que les détenus ont caché des armes dans toutes les cellules et recoins de la prison. Ils craignent pour leur sécurité.

Poggioreale (Napoli),
Certains proches de détenus ont su que par représailles, les appels téléphoniques, les douches, la promenade et la correspondance écrite ont été interdits, que la distribution de repas ou de nourriture a cessé. Ils parlent de nombreux lynchages et blessés laissés sans soins.

Même conditions à Opera (Milan).

Sollicciano (Firenze),
Vive contestation avec incendies de matelas, draps, chaises et tables. La contestation semble s’etre calmée mais il n’y a pas de nouvelles de la part de détenus. Les journaux ont déclaré un cas confirmé de coronavirus parmi les agents pénitentiaires de cette prison.

Centre de rétention Restinco (Brindisi),
Depuis le 9 mars, des incendies sont allumés régulièrement dans un des pavillons en solidarité avec les révoltes en cours dans toutes les prisons.

Bilan total à ce stade:
15 détenus décédés : 4 à Rieti, 9 à Modène et 2 à Bologne.
Sur 72 évadés de la prison de Foggia, 16 sont encore en fuite.

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