Nos envoyés spéciaux Rouen dans la rue relatent le quatrième jour d’expulsion de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes qui a débuté lundi 9 avril au matin.

Toute la nuit encore, l’hélicoptère et parfois deux survolent la zone. Ils maintiennent la pression, c’est une guerre psychologique permanente. Tôt dans la matinée, rien à signaler sur la ZAD. Les gens en profitent pour constater les dégâts effectués la veille par les forces de l’ordre et les machines de chantier. Le dôme du Gourbie est bel et bien à terre : lieu emblématique construit pendant le référundum (et l’événement « refaire un dôme ») en juin 2016 et qui hébergeait jusque là la réunion des habitants et le non-marché. L’isolette est également détruite. Ils viennent, détruisent sans concession, caravanes et affaires personnels comprises. On apprend que l’une des deux quatres voies à proximité de la zone est bloquée dans les deux sens par des barricades de pneus enflammés. Une action qui semble liée au soutien des opposants, qui a perturbé en tous cas les allées et venues des fourgons de la gendarmerie.

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La cantine des Fosses Noires est toujours opérante. Une bonne partie des opposants présents sur zone en profitent pour se restaurer sous les quelques rayons de soleil enfin présents. Une nouvelle fois, la digestion à peine entamée, une alerte est donnée : les flics déboulent sur le carrefour de la Saulce. Sur le chemin pour rejoindre le point de crispation, on aperçoit l’épaisse fumée noire qui s’échappe de la barricade tout fraîchement enflammée. On apprend dans la foulée que les fourgons de GM ont rebroussé chemin après avoir envoyé quelques grenades lacrymogènes et offensives. Les portes-paroles de la gendarmerie affirment aujourd’hui avoir été victimes d’un guet-apen à ce moment-là, à base de jets de bouteille d’acide. On retiendra la réponse d’un « zadiste » à france-info à ce sujet qui affirme n’avoir pas du tout anticipé cette offensive policière sur la Saulce, et que les manifestants ont simplement défendu la barricade avec le « classique molotov-caillou ».

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Avec le départ précipité des forces de police du carrefour de la Saulce, tout le monde s’attend à une diversion et que, comme la veille, ils s’apprêtent à taper vite et autre part. Finalement, c’est de nouveau au niveau de l’intersection route des Fosses/D281, près de Lama fâché que les affrontements reprennent. De la barricade la plus avancée, on aperçoit un camion-grue protégé par un fourgon : une cible évidente pour entraver l’opération. C’est alors qu’un front s’engage pendant plusieurs heures, et dans les champs sur les côtés de la route, sur plusieurs centaines de mètres au Nord et au Sud. Une multitude de groupes harcèlent la lignée de fourgons garés sur la D281, systématiquement défendus par des hommes au sol qui canardent sans cesse. L’hélicoptère et les drônes de la gendarmerie leur prêtent main forte. C’est jusqu’à l’heure de la retraite que les affrontements se poursuivent. Les grenades offensives rentissent jusque tard dans la nuit.

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De retour sur l’arrière nous apprenons que Macron, doublée de la préfète, annoncent la « fin de l’opération d’expulsion » mais maintiennent la présence policière à des fins de « maintien de l’ordre » et de « déblaiement ». Il apparaît clairement que la résistance large et vivace qui s’est déployée sur la ZAD et ailleurs a rendu compliqué, voir entravé, une bonne partie des plans initiaux de l’opération. L’objectif des lieux à expulser sont passés de 40 à 30 et le gouvernement affirme en avoir frappés 29 en considérant l’objectif atteint. Une comptabilité que l’on peut imaginer très floues : aurait-ils compté des poulaillés ou des cabines de toilettes sèches ?

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Toujours est-il que la confiance est reprise du côté du mouvement, qui reste malgré sur sa garde. Un rassemblement de soutien à Rennes part en affrontement urbain à centre-ville.

L’appel à manifester à Nantes samedi et à venir reconstruire la ZAD dimanche est non seulement maintenue, mais d’autant plus important aujourd’hui.