ÉcologieEn lutteUne

Occupation de jardins à Rouen – Lettre ouverte à Mayer-Rossignol

Depuis dimanche 13 juin, l’ancien Foyer Sainte-Marie est occupé dans le but d’y implanter des potagers et préserver la biodiversité d’un projet immobilier prévoyant la destruction d’une partie de ses jardins. Les occupants des Jardins Joyeux – tels qu’ils les ont renommés – nous ont fait parvenir une lettre ouverte au Maire de Rouen ainsi que quelques photos de cet endroit magnifique.

 

Lettre ouverte à M. Mayer-Rossignol, Maire de Rouen et président de la Métropole Rouen-Normandie

Le dimanche 13 juin, nous avons implanté des potagers dans la cour de l’ancien foyer Sainte Marie. Un potager, cela peut sembler dérisoire à côté de la catastrophe environnementale que nous vivons, mais nous pensons qu’il n’en est rien. Développer des jardins partagés partout où c’est possible, cela contribue à un changement plus global, subtil : un changement des mentalités. Si le désastre écologique est déjà là, il nous appartient de faire ce que l’on peut pour en réduire la portée.


Nous ne voulons plus être rejeté docilement de l’hébétude d’une actualité à la sidération d’une autre. Une usine qui explose et brûle durant des jours, un industriel qui déverse des centaines de litres d’un insecticide interdit dans la Seine, les abeilles qui meurent par millions, bien vite remplacées par des millions de colis Amazon… Loin de nous abattre, cette succession de microdésastres n’a fait que renforcer notre volonté d’agir.

A côté de la catastrophe écologique, le désert social qui s’est insinué dans nos vies depuis plus d’un an nous a fait réfléchir. Nous avons vu avec quelle facilité déconcertante ce qui fait de nous des êtres humains pouvait nous être retiré, restitué puis retiré de nouveau. Bien sûr, nous savons que le virus existe et qu’il tue. Cependant, nous ne savons aussi que trop bien les ravages de la solitude et de l’ennui.

Pour toutes ces choses, des initiatives comme la nôtre sont devenues des nécessités vitales.

En implantant ces potagers, nous n’avons rien d’autre à revendiquer que notre volonté de faire vivre notre quartier. Derrière les hauts murs qui jadis cloisonnaient l’institution Sainte Marie, c’est un lieu résolument ouvert qui prendra place.

Nous aspirons à ce que ce qu’il devienne un havre accueillant, pédagogique et polyvalent. Sous la brise estivale, le vrombissement des bourdons couvrant ceux des voitures. Riverains et gens d’ailleurs cultiveront et apprendront. Ils se réapproprieront ce contact à l’agriculture qui fait si cruellement défaut à notre condition de citadins. Apprendre à cultiver, pouvoir profiter de légumes de qualité – y compris pour des personnes qui n’auraient habituellement pas pu se le permettre – est une clé pour s’émanciper de la grande distribution et au système inique auquel elle appartient.

Au cœur du quartier Saint-Nicaise, ce lieu cristallisera autour de lui toute une vie de quartier. En collaboration avec les associations locales, nous apporterons une gaîté et une vie qui nous avait tant fait défaut depuis l’épidémie de COVID-19.
Au-delà de cet engagement pour une écologie à visage humain, nous sommes également emplis du plus profond respect pour les vieilles pierres et ce qu’elles nous racontent. Animé du désir de protéger le patrimoine qui donne à notre cité son cadre unique, nous ne souhaitons pas voir l’ancien foyer Sainte Marie devenir l’une de ces résidences réhabilitées, anonymes et impersonnelles.

Cet édifice mérite un avenir plus digne.

M. Mayer-Rossignol, vous êtes aux avant-postes des personnes pouvant agir pour l’avenir de notre territoire, vous avez toutes les cartes en main pour guider notre métropole sur la voie d’un avenir durable.
L’été dernier, vous aviez contribué à sauver 65 hectares forêt de la bétonisation. En refusant de financer le projet du contournement est il y a quatre mois, votre administration a de nouveau confirmé son attachement à la préservation des espaces naturels.
M. Mayer-Rossignol, si vous ne pouvez pas stopper le déclin progressif et global du vivant, il vous appartient en revanche, par vos décisions, de ne pas l’accélérer.

Oui, nous sommes conscients de la modestie de notre lutte, tout comme nous le sommes de la force de notre conviction. De frêles potagers ne peuvent rien face aux bulldozers qu’on leur enverra. Pourtant, de par ce qu’ils symbolisent, nous désirerions qu’ils puissent demeurer et perdurer. Dans l’intérêt de notre environnement, de l’ancien foyer Sainte Marie et du quartier Saint-Nicaise.

Les Jardins Joyeux