Notre vidéo-synthèse de « On s’est planté ».

#OnEstPrêt

Il y a 4 mois les gilets jaunes appelaient à tout bloquer.  Au même moment des youtubeurs, des militants et des associations écologistes lançaient sur Internet une opération concernant l’urgence climatique et la catastrophe écologique. Sous le hashtag #0nEstPrêt, ils nous expliquaient comment changer les choses en modifiant des petits actes de notre quotidien. Supprimer ses vieux mails, acheter une gourde en inox pour réduire sa consommation de plastique, prendre son vélo, éteindre les appareils électroniques, etc. Un conseil par jour pendant un mois.

Dans le même temps « L’affaire du siècle » était lancée. L’objectif : poursuivre l’État en justice pour son inaction en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Une pétition recueille 2 millions de signatures en un mois. Parallèlement encore, des marches pour le climat sont organisées depuis septembre 2018 et accueillent des dizaines de milliers de personnes. En Belgique des lycéens on rejoint la bataille et organisent tous les jeudis des manifestations. Ils ont été rejoints depuis par des lycéens et des étudiants français. La prochaine grande marche pour le climat baptisée marche du siècle se tiendra ce 16 mars à Paris.

On s’est planté

Dans une vidéo récente appelée « on s’est planté », deux acteurs importants de cette dynamique se livre à une rigoureuse autocritique. Lucides et touchants, ils finissent par reconnaître le caractère insuffisant de toutes leurs démarches malgré leur popularité certaine. Toutes les pétitions du monde, toutes les vidéos sur Youtube, toutes les marches pacifiques ne changeront pas grand chose à la situation. Message reçu !

Car nos deux compères ne sont pas naïfs. En un sens on peut même dire qu’ils sont révolutionnaires et ils le reconnaissent. Ils ont bien compris que le problème vient d’une certaine logique de production et de consommation, autant que d’une religion, que certains appellent le capitalisme. Ils savent aussi que la démocratie est une coquille vide. Ils sont révolutionnaires au sens premier du terme car ils ont déjà accepté l’idée que c’est avec ce système là qu’il faut rompre. De toute nécessité et de toute urgence. Mais dans cette vidéo ils s’interrogent honnêtement, tout en montant une belle opération de communication, sur les moyens d’y parvenir. Ils comprennent ce qu’il y a d’absurde à adresser au pouvoir des demandes qu’il ne satisfera jamais puisque sa raison d’exister c’est précisément de maintenir cette société en place.

Ils sentent bien qu’ils ne gênent personne et qu’ils ne constituent en aucun cas une menace. Ils touchent du doigt et de leurs tripes les limites de leur pacifisme premier : « Ne faudrait-il donc pas être plus radical ? Ne faut-il pas assumer une part de désobéissance qu’ils nomment civile ?
Mais comment faire pour la rendre cool et désirable ? », se demandent-t-ils. Comment faire pour que l’insurrection et la révolution qu’ils appellent de leurs vœux advienne ?

Les gilets verts se gilets-jaunisent

Sans doute la vague des gilets jaunes et sa poussée insurrectionnelle initiale est-elle passée par là. Nous ne nous moquons pas. Les questions qu’ils soulèvent sont aussi les nôtres. En toute honnêteté nous butons sur les mêmes difficultés. Comment en finir avec cette manière de vivre héritée de 500 ans de domination européenne ? Où trouver la force de mettre un terme à cette histoire pourrissante et destructrice ?

Pour certaines questions, ils sont sur les bonnes pistes. Ne plus attendre, ne plus demander, mais faire ici et maintenant. Ils prennent pour exemple l’ouverture de squats pour les migrants. Et ils se mettent à rêver juste. Et si on s’y mettait tous et que ça n’est plus seulement le fait des « anarchistes » (sic). Ils convoquent aussi l’expérience de la ZAD où certains s’organisent déjà pour échapper à l’économie marchande, même s’ils la réduisent un peu vite à un mouvement pacifiste en oubliant la science de l’affrontement propre aux zadistes.

La révolution ou la mort

L’histoire gilet jaunesque récente et ses blocages, ses occupations, et ses émeutes indique
également une voie. En toute situation, notre force c’est le nombre et la détermination
à agir. Avec le nombre seulement on est une masse sans puissance (consommateurs, électeurs, pétitionnaires, marcheurs passifs lors de manifestations déclarées et pacifiées). Avec la détermination à agir seulement on est un activiste isolé.

Pour le reste nous sommes d’accord avec vous. Et même s’il n’est pas toujours facile d’utiliser ce mot galvaudé, l’époque est à la révolution. Pas celle des révolutionnaires professionnels et des militants sans énergie. Celle du peuple, spontanée, massive, profonde, désordonnée et puissante, inquiétante même, dont le mouvement des gilets jaunes nous a donné un aperçu. Il n’y a plus lieu d’ailleurs d’opposer fin du monde et fin du mois tant il s’agit des deux faces d’une même médaille. La situation nous commande en effet de cesser de faire de tout gouvernement un interlocuteur capable de satisfaire nos demandes et d’assumer le rapport de force et la violence légitime (plus que la désobéissance) face à la brutalité que l’État nous oppose. Ils l’ont déjà reconnu. Leur mode de vie n’est pas négociable. C’est un monde qu’il faut renverser, de nouveaux mondes qu’il faut bâtir. C’est ça ou la mort.

#Le16TousAParis

Le 16 mars se prépare un moment important sur Paris.  Il y aura une marche contre les violences policières et le racisme d’État. Les gilets jaunes vont venir en masse pour adresser un ultimatum au gouvernement. Gageons qu’une fois encore ils essaieront de pénétrer des lieux de pouvoir.
Ce jour-là se déroulera aussi une marche pour le climat. La marche du siècle. Comment faire pour
que ce moment soit autre chose qu’une simple marche ? Pouvons-nous vous suggérer
de vous rapprocher du ministère de la transition écologique ? Quelle meilleure occasion pour donner une nouvelle impulsion à cette nécessaire mobilisation pour le climat ?

Tout le monde ignore encore comment finira cette histoire de gilets jaunes. Mais nous savons qu’elle a ouvert une brèche définitive. Elle nous a donné le sentiment de notre puissance. Le jour où nous serons aussi nombreux à mettre nos corps en jeu qu’à signer des pétitions ou liker des vidéos, alors les jeux seront faits. C’est à tout ceux-là que nous disons encore un effort. Débarrassés de toute illusion à l’égard du pouvoir, nous pourrons rejoindre ceux qui ont cessé d’attendre pour nous demander joyeusement et sérieusement : mais comment diable vivre, et produire ce dont nous avons besoin, sans détruire la planète et réduire une partie de l’humanité à la plus humiliante des conditions ?

A samedi et aux jours suivants.