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Pour échapper au virus, les indiens d’Amazonie retournent à la forêt

Si le virus frappe tout le monde, il frappe différemment en fonction du monde social, politique, historique et géographique auquel on appartient et tous ne sont pas à égalité devant cette menace. En certains endroits, la pandémie mondiale réactive des modes de vie et des rapports au monde parfois oubliés. Pour lutter contre le virus, les peuples autochtones amérindiens, déjà décimés par plusieurs vagues d’épidémies depuis l’arrivée des conquistadors, quittent les villes pour survivre.

VULNÉRABILITÉ

En Amérique du Sud, les peuples amérindiens sont livrés à eux-mêmes et tentent de se protéger seul du coronavirus en fuyant les villes. Ils recensent déjà de nombreux cas, et les mesures pour les aider et les protéger sont quasi-inexistantes, dans des pays déjà débordés par l’épidémie. De plus, les indiens d’Amazonie sont particulièrement immunologiquement vulnérables aux épidémies, tant ils sont régulièrement décimés par les virus des Blancs (grippe, choléra, rougeole). Entre 90 à 95 % des 10 à 12 millions d’Indiens présents au moment de l’invasion européenne ont été exterminés par les maladies importées par les colonisateurs. Partout, donc, la peur gagne les aldeias (« villages ») indiens où le confinement à l’intérieur des communautés est, par nature, difficile. La vie collective dans la maloca, la « maison commune », rend toute quarantaine individuelle quasi impossible.

AUTODÉFENSE

Face au manque de prisé au sérieux du virus par Bolsonaro, ou au manque de mesure de protection, les communautés tentent de s’adapter et de prendre leur propre décision. Dans la plupart des pays, les caciques et dirigeants locaux ont imposé l’« auto-isolement ». Un réflexe qui fait partie d’une stratégie adoptée depuis des siècles pour se prémunir des violences extérieures.

Sur le terrain, plusieurs communautés ont fermé l’accès à leurs territoires et déclenché leurs propres mécanismes de sécurité avant même l’imposition de l’état d’urgence, décrété par le pouvoir péruvien le 15 mars. Dans certains villages, notamment dans la région centrale de Junin, les Indiens ont réactivé des « comités d’autodéfense », comme au temps du conflit civil des années 1980 et 1990, il s’agissait alors de se protéger contre les combattants du Sentier lumineux. Ailleurs, des groupes indigènes ont demandé que les autorités péruviennes envisagent la mise en place d’un pont aérien pour les malades. Tous ont exigé que l’Etat assure le contrôle des voies d’accès de leurs territoires. Ce n’a pas été le cas, et alors qu’au Brésil les attaques des garimpeiros (« chercheurs d’or clandestins ») et madeireiros (« trafiquants de bois ») redoublent d’intensité avec l’arrivée de la saison sèche, des villages ont bloqué plusieurs routes d’accès aux réserves en y déployant des barrières avec des troncs d’arbres, se protégeant ainsi des risques d’épidémie.

Les sages des tribus parlent d’une « défense » qui n’est qu’une vieille habitude face à l’impérialisme colonial et son monde bactériologique. Mariano Pilcue, sage de 55 ans, dans l’Amazonie colombienne explique : «Notre médecine traditionnelle est basée surtout sur la prévention, c’est une discipline complexe, personnelle, qui commence dès la naissance. Nous sommes conscients de ce qui est arrivé à nos ancêtres, et, une fois de plus, nous allons nous défendre. »

Sources :

https://www.lemonde.fr/…/en-amazonie-la-grande-peur-des-peu…

https://www.letemps.ch/…/echapper-virus-amerindiens-retourn…

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