Rebondissement, Déménagement, Acharnement

Quand surgir devient une habitude

Nous avons été expulsés de notre capitainerie autogérée il y a plus de 15 jours, au 4ème jour d’occupation. Pourtant, on continue d’apparaître sur tous les murs de la ville. Vous nous entendez crier « surgissement » dans les bars, aux concerts, certains exhibent fièrement leurs t-shirts. On multiplie les évènements musicaux, artistiques, politiques, avec un programme chargé comme jamais. Et on ne s’arrête plus de vous assommer à force d’articles, de tweets et d’autres « events » sur internet. On s’active, on n’arrête jamais, ça demande beaucoup de temps et d’énergie et parfois… on s’épuise.

Hier soir au 25 boulevard des belges, un deuxième lieu a été ouvert au public, en prévision d’un gros concert, avant d’être expulsé quelques heures plus tard sur réquisition du procureur.

Pourquoi tant d’acharnement à faire vivre le Surgissement?

Tentative de réponse, la plus sincère possible.

Bingo : notre hypothèse était bonne !

Surgissement #1 a permis une foule de rencontres, attendues ou improbables. On sent qu’il s’est passé quelque chose, quelque chose qui n’est ni un trip entre potes, ni un simple encadré dans quelques journaux.

C’était bien et ça nous manque.

Quatre jours seulement passés ensemble dans ce grand bâtiment sur l’île Lacroix, et on a l’impression qu’on nous a enlevé quelque chose qui compte ; on en veut encore, on a la dalle. D’ailleurs, on voit bien que ce n’est pas vraiment la même chose depuis, on se recroise mais les mondes se séparent inlassablement. Ici, quelques « intellos » discutent d’une nouvelle revue politique, là les fêtards irréductibles se trémoussent sur un DJ set, ailleurs quelques artistes fabriquent des pochoirs et font de la peinture… Et encore et toujours, au départ du Cour Clémenceau, les militants politiques partent en manif. Chacun retourne dans sa bulle. Dans son bar, dans son lieu, dans son appart, dans sa fac : à son poste. Et personne ne s’en satisfait.

Pour soutenir les luttes en cours

En soutien à la lutte des cheminots, celle des personnels hospitaliers ou des ehpad, des étudiants contre la loi Vidal, des employés de carrefour et d’autres grandes boites… C’est aussi une invitation à venir se rencontrer et à s’organiser ensemble. Pour éparpiller les forces de l’ennemi et rassembler les nôtres.

On aime ce qu’on fait, bordel.

Et en fait on aime le bordel. Certains d’entre nous dépriment même franchement dans les périodes de creux. En plus, depuis les belles rencontres du surgissement, notre créativité fourmille plus que jamais, c’est inouï. On a mille idées de slogans ou de supports à la seconde, on apprend de nouvelles techniques, on laisse rien au hasard et on rit beaucoup.

Par fierté pardi !

Sans rire, on a pas envie de laisser la préfecture et ses forces de l’ordre avoir le dernier mot. Balle au centre. Spoiler alert : on compte bien marquer le but suivant à la prochaine action.

Contre toutes les expulsions

On devrait se tenir tranquille, sages comme tout, faire nos petites vies, pendant que l’Etat expulse la ZAD et les facs occupées. Sans cesse les demandeurs d’asile sont traqués et chassés, assignés à une vie d’enfer sur le territoire métropolitain et ses frontières. Quant à ceux qui n’hésitent pas à les expulser, en toute connaissance de cause, ils se rendent par là même responsable du sort inévitable qui les attend : tortures, violences irréversibles, disparitions.

La saison des festivals commence

Avec les beaux jours, on trouvait pas de salle de concert idéale pour faire la fête correctement, jusqu’à l’heure qu’on veut, avec des bières pas chères, de la place, des gens bienveillants, du gros son… Notre propre festival, c’est beaucoup plus satisfaisant.

Pourquoi pas ?

Redonner vie à des bâtiments vides depuis des années ne devraient pas être un problème. Juste un lieu, un lieu où l’on peut se rencontrer, échanger, apprendre, partager, grandir et lâcher prise. Le besoin est légitime et la demande grandissante. Pourquoi devrions nous y renoncer ?

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On fait encore ce qu’on veut. On voulait ce lieu là, il était libre, alors on l’a pris.

Pour toutes ces raisons et pour toutes celles qu’on n’arrive pas à formuler, il est impossible de faire autrement que de s’acharner. Pour prendre parti contre l’Histoire en marche, sans attendre le nombre, la majorité… C’est-à-dire sans attendre qu’il ne soit trop tard.

« Parce que ce qui a été vécu brille d’un éclat tel que ceux qui en ont fait l’expérience se doivent d’y être fidèles, de ne pas se séparer, de construire cela même qui, désormais, fait défaut à leur vie d’avant »