Depuis avril 2018, à Caen, au 5 rue du Marais, l’un des plus grands squats de France tient bon. Les bâtiments, anciens locaux d’EDF, ont été ouvert par l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions rejointe par l’Initiative pour la Convergence des Luttes, des syndiqués et autres précaires. Nous étions aller à la rencontre des occupants à ses débuts (notre article). Depuis, le lieu héberge des centaines de réfugiés. En plus d’offrir un toît à des centaines de personnes dans le besoin, il est aussi une base d’organisation des luttes sur Caen. L’occupation est aujourd’hui menacée par un procès en appel. Les occupants et militants appellent à un rassemblement de soutien ce jeudi 14 février devant le tribunal de Caen. Nous relayons leur communiqué.

Le squat dit « Le Marais », dont le procès aura lieu en appel le 14 février prochain, est aujourd’hui menacé d’expulsion. C’est plus de 200 habitant-e-s, ayant en partage leurs conditions d’exil, qui sont menacé-e-s d’être tout simplement jeté-e-s à la rue, arraché-e-s dans la brutalité à leur commune maison.

Du Marais, on peut dire qu’il constitue une authentique « maison des peuples », un point d’ancrage, un espace où se rencontrer et débattre. Une grande demeure où l’on vit, où l’on s’organise, cuisine un repas collectif, fait un match de foot, prépare un concert de soutien, une kermesse, un goûter pour les enfants du quartier, une représentation théâtrale, où l’on prépare une manifestation, un tract, élabore un micro-potager, aménage un atelier de réparation de vélos, fabrique une boulangerie, parle une dizaine de langues, construit des chars, chante, réalise des graffs, tourne un clip, fait la fête ensemble. Au Marais, celles et ceux qui ne sont rien dans le monde cynique, dans l’esprit dérangé de ceux qui prétendent nous gouverner, peuvent réaffirmer leur dignité. Des familles entières livrées à l’exil y trouvent un refuge. Les jeunes soudanais, dont bon nombre, après avoir participé à la vague de révoltes populaires qui a gagné leur pays natal depuis 2013, fuient la répression sanguinaire de la dictature d’El Béchir, et qui, chaque jour, cherchent à rejoindre l’Angleterre, y trouvent un endroit où se reposer. Depuis son ouverture, des militant-e-s, syndiqué-e-s ou non, s’y rencontrent pour construire des connexions, des points de passage entre différents foyers de lutte. Les gilets jaunes, qui se soulèvent aujourd’hui contre des politiques économiques prédatrices qui détruisent nos vies, y ont trouvé un lieu d’organisation, où nouer des liens et rencontrer des allié.e.s.

Si nous qui luttons à Caen pour nous réapproprier les conditions d’une existence digne et libre, chérissons tant le Marais, c’est qu’en instaurant des usages communs contre la propriété privée lucrative, en expérimentant horizontalement des formes de solidarité et d’hospitalité, il constitue un lieu d’élaboration, sinon d’un contre-monde, du moins d’un espace de rupture, d’une manière de lutter, de vivre et d’habiter irréductible aux normes de l’économie : ici et maintenant. Vouloir en finir avec le Marais, comme avec tous les espaces libérés où s’expérimente une vie autre, c’est, pour un pouvoir en guerre contre les révoltes logiques, vouloir en finir avec l’espoir : avec l’espoir d’une réappropriation par chacun de conditions d’existence dignes, d’une auto-organisation populaire donnant lieu au surgissement d’autres mondes de solidarité, de communauté, d’hospitalité et d’entraide.

C’est pourquoi nous appelons à un rassemblement de soutien le jeudi 14 février à 13h30 devant le Palais de Justice Gambetta.

Nous vous invitons également à un apéro de soutien commun le soir même à 18h au Marais.

Assemblée convergences du Marais / Assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions