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Rouen – La statue de Napoléon déboulonnée par… la Mairie. Déçue, elle nous fait parvenir une lettre

Alors que des statues du monde entier sont attaquées pour le passé colonial et esclavagiste qu’elles incarnent de manière éhontée, la statue de Napoléon trône toujours place de l’hôtel de ville. L’odieux personnage fût pourtant celui qui restaura l’esclavage par souci pour les intérêts des propriétaires esclavagistes dans les colonies. Elle sera pourtant déboulonnée prochainement, mais ça n’est pas des mains vengeresses qui en sont l’origine mais une mesure de sécurité. Elle doit être rénovée à cause d’une fissure qui la rend menaçante. Déçue, la statue de Napoléon nous a fait parvenir cette lettre que nous reproduisons en intégralité.

Mai 68

Enfin ! Enfin ce jour est arrivé. Moi qui trônais sur cette place depuis près de deux cents ans, je vais la quitter. Tout le monde me déteste et moi la première. Je les ai entendus, tous ces révolutionnaires qui voulaient me déboulonner. Du jour où j’ai été érigée, on a voulu me destituer. On m’a fait statue, je m’imaginais grandiose mais on m’a fait laide. Mon chapeau est trop petit pour ma tête, mon cheval trop grand pour mon corps. Je représente tout ce qui ne va pas, je suis symbole de pouvoir, de force, de colonisation, de domination.

Par un curieux hasard, je suis l’une des dernières encore debout. Mes sœurs figurant Napoléon ont été refondues mais moi je tiens. Depuis que je les ai vues partir, j’attends, avec espoir le jour où mon tour viendra. À plusieurs reprises j’ai cru que mon heure était arrivée. On a parlé de me renverser, on m’a peinte, abîmée, PQfiée… mais je suis restée debout.

Même quand la ville a été bombardée, rien, pas même un éclat d’obus. Je mentirais si je disais que ça ne me manquera pas, de voir la ville vivre, les skateurs à coté de mon socle, les amoureux sur les bancs devant la mairie, les ivrognes hurlant toute la nuit, les manifestations en tout genre qui me passaient devant. Secrètement je priais ces manifestants de me faire descendre. Tout ça, je le regretterai, mais je ne pensais pas demeurer suffisamment longtemps pour le voir.

Je savais que je finirai par tomber, j’ai toujours cru que je partirai de manière spectaculaire, tirée par une corde dans un fracas retentissant ou dans l’éclat d’une explosion. Mais rien de tout cela, je pars pour me faire restaurer, laissant derrière moi la place vide, avec l’espoir que des petits malins me retrouveront et répondront à ma demande : faîtes-moi disparaître !

 

 

 

 

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