Dans la rue

ROUEN. Photos et récit de l’acte 8 des Gilets Jaunes.

Pour le troisième samedi consécutif, les gilets jaunes normands se sont donnés rendez-vous à Rouen. Le point de rassemblement était tenu secret jusqu’à la dernière minute pour éviter les fouilles préventives de la semaine passée. À 9h45 précise, l’info tombe et c’est sur la place Boulingrin que les gilets jaunes comptent se réunir pour partir en manifestation.

Une manifestation massive et déterminée

Tôt dans la matinée, de nombreux policiers, en civil ou en uniforme, arpentaient déjà le centre-ville et contrôlaient ceux qu’ils identifiaient comme potentiels gilets jaunes. En effet, nombreux étaient les GJ qui, encore une fois, avaient fait le déplacement de toute la région et se trouvaient déjà dans les rues de Rouen dès l’aube. Face à l’impossibilité de cadenasser une place en particulier, le dispositif policier s’était déployé un peu partout dans le centre, prêt à bondir sur tout rassemblement.

C’est ainsi qu’à 10h, des centaines de gilets jaunes se sont retrouvés au Boulingrin tandis que d’autres s’étaient massés spontanément sur la place de l’Hôtel de ville. L’objectif de la manoeuvre est atteint : la plupart des gilets jaunes réussissent à se réunir sans avoir été fouillés et dépossédés de leur matériel de manifestation (trois d’entre eux ont malgré tout été interpellés pour « port d’arme »). Plus de 1500 gilets jaunes démarrent la déambulation dans les rues du centre.

L’ambiance est au rendez-vous bien que plus tendue que la semaine passée. Les exploits de l’acte 7 ont en effet mis en lumière la mobilisation rouennaise et la préfecture se montrait déterminée à en tirer quelques leçons. Les différentes opérations de communication posaient une pression sur les « foules haineuses » qui daignaient encore venir manifester. C’est dans ce contexte qu’un hélicoptère de la gendarmerie survolait les rues de Rouen en ce samedi 5 janvier.

Rapidement, la détermination palpable dans le cortège annonçait une nouvelle longue et belle journée de manifestation. D’énormes brasiers et plusieurs barricades sont érigées spontanément pour ralentir la progression des forces de l’ordre qui, à l’inverse de la semaine passée, ont tenté plus rapidement de contenir nos mouvements. La gare et toute la partie ouest (préfecture) de la rive droite nous était absolument interdites, moyennant des dizaines de fourgons de gendarmes mobiles et quelques salves de gaz lacrymogène.

Quand la BAC recule

En milieu d’après-midi, la mobilisation est au plus fort. Nous sommes entre 4000 et 6000 gilets jaunes dans les rues de Rouen, parfois avec plusieurs cortèges simultanés dans le centre. Plusieurs banques seront repeintes, dégradées ou parfois brûlées. Les murs seront recouverts de slogans, clairs et rassembleurs. Le commissariat de police Beauvoisine et l’Hôtel de Ville, laissés vacants, échapperont de peu à la colère gilet-jaunesque.

Après un passage place de l’Hôtel de ville (totalement bondée), le gros des troupes se rassemble et s’embarque rue de la République. C’est à ce moment que les policiers en civil de la BAC tentent une percée pour diviser le cortège. Les gilets jaunes rétorqueront courageusement sur deux rues (rue de la Chaine et rue des Fossés Louis VIII) et réussiront à empêcher l’intrusion des BACs jusqu’à les faire reculer. Une banderole renforcée estampillée « Nous vivons pour marcher sur la tête des rois », des containers de poubelles, des pétards et feux d’artifice, le tout porté par le courage et la détermination de centaines de vaillants GJ auront permis de faire changer la peur de camp, temporairement du moins. Ce sera le moment le plus épique de cet acte 8.

Le mauvais plan rive gauche

Plus tard, le cortège est acculé et se replie sur la rive gauche. Dans ce moment de confusion sur les quais rive droite, l’étau policier se resserrait semant la panique au sein de la manifestation (rappelons-le, composée de nombreuses familles et enfants). Deux policiers tentent d’interpeller une personne. Quelques dizaines de gilets jaunes s’interposent et réussissent à libérer l’individu, non sans essuyer quelques tirs de flashball à bout portant.

Sur le chemin de la rive gauche, les GJ s’en prennent à la cité administrative attenante au centre des impôts. Début d’incendie. Le cortège se retrouvera salement repoussé jusqu’au fin fond du quartier Saint-Sever, poursuivi par des BACeux et les brigrades canines semant la panique aux abords du centre commercial.

Après une petite demi-heure de répit, les gilets jaunes encore présents à Rouen (plusieurs centaines) se retrouveront vers 17h30 rue Jeanne d’Arc. C’est maintenant une tradition, on ne part pas avant d’avoir accompli nos 8 heures de manif et battu le pavé sur 20 kilomètres ! Mais les ultimes charges des gendarmes mobiles et des BACs, usant d’un gaz lacrymogène particulièrement fort, sonneront la fin de cet acte 8.

Un mouvement qui reprend l’ascendant

18 gardes-à-vues, de nouveaux blessés et une répression policière qui n’a toujours pas dit son dernier mot font partie du bilan de cette journée. Mais le mouvement gilet-jaunesque, qui semblait montrer de légers signes de faiblesses durant la période des fêtes, reprend l’ascendant. La manifestation était massive à Rouen et dans de nombreuses villes. Les pires médias sont dans l’impossibilité de nier ce fait, quand bien même ils le minimisent. Des événements hallucinants (le boxeur parisien, l’intrusion dans le ministère de Benjamin Griveaux, attaques de commissariats et casernes de gendarmes…) redonnent un nouveau souffle et laissent présager une année 2019 encore pleine de surprises !

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