Dans la rue

ROUEN – Récit et photos de l’acte XII des Gilets Jaunes Une journée pour les blessés

Récit de l’acte XII des gilets jaunes à Rouen.

Un acte pour les blessés

Samedi 10h. La pluie s’abat sur Rouen. Trop peu pour dissuader les centaines et centaines de gilets jaunes qui répondent une fois de plus à l’appel à manifester dans les rues de la ville.

C’est l’acte XII et celui-ci est dédié nationalement aux blessés du mouvement. Les mutilés, les éborgnés, les gueules cassées et les vies brisées. Ainsi de nombreux gilets jaunes ont le visage maquillé de rouge, symbolisant les blessures et hématomes, rappelant à chacun les horreurs que provoquent les armes et la violence des forces de l’ordre. C’est aussi une manière de montrer qu’il en faudra bien plus faire rentrer les gilets jaunes à la maison. Et que si l’un d’entre eux tombe à nouveau sous leurs coups, les autres seront là pour le relever.

Comme depuis plusieurs semaines, les forces de l’ordre se tiennent à distance pour les premiers tours de la manifestation. L’ambiance est bon enfant. C’est en milieu d’après midi que les événements se durcissent. Alors que plus de 2500 GJ sont présents dans le cortège, une banderole renforcée « Touche pas à ma manif » et des boucliers de bois sont déployés. Sur ces derniers, on y lit parfois péniblement quelques slogans : « Plus de banquises, moins de banquiers », « Les gilets jaunes voient rouge », « Quel est votre métier ? », « Ahou, ahou, ahou ».

Premières tensions

Pour la première fois depuis plusieurs semaines, des gilets jaunes tentent de s’approcher de la préfecture. Positionné à l’intersection entre le boulevard des belges et la rue Gustave Flaubert, le cortège est à une centaine de mètres de l’une des grilles du bâtiment étatique. Entre les deux : un escadron de police prêt à tirer. À l’aide des matériaux du chantier avoisinant, une belle barricade est érigée puis enflammée.

Après l’arrivée de renforts et plusieurs minutes de face et face, le cortège reprend son chemin vers le centre-ville.

Aux abords du commissariat de la place Beauvoisine, cette fois protégé par d’immenses panneaux de bois, des gilets jaunes accrochent quelques photos et affiches contres les violences policières.

Non loin de là, un escadron de CRS se déploie. Une barricade est rapidement montée et des slogans sont entonnés par les nombreux gilets jaunes présents.

Les premiers gaz de la journée sont tirés.

De violentes charges des policiers en civil

La manifestation continue et emprunte à nouveau les rues du centre historique. Quelques banques, notamment la Société Générale de la rue Jeanne d’Arc, feront les frais de la colère toujours latente des manifestants.

Place Cauchoise, un affrontement part. Les policiers en civil, BAC et BRI, s’élancent à grandes enjambées sur les porteurs de banderoles et boucliers. La charge est violente et rapide. Le matériel de défense est sauvé mais une personne sera interpellée. Un jeune, la tête en sang, est molesté par des hommes en uniforme. En réponse, la BRI mangera quelques tirs de mortier.

Ainsi s’entame la dernière phase de la journée : une grande partie de traque au gilet jaune pour les forces de l’ordre. Les unités lourdes sur les gros axes et les policiers en civil dans les ruelles. La BRI fera courir de nombreux manifestants sur parfois plusieurs centaines de mètres et souvent à vive allure. S’ils semblent s’être calmés sur les tirs de flashball suite aux pressions politiques et médiatiques, ils n’hésitent plus à venir au contact d’une foule bien souvent apeurée.

Six interpellations sont à déplorer. Dans la soirée, la manifestation nocturne était sous le coup d’une interdiction préfectorale. À 21h, seuls des escadrons de police arpentaient les abords de la place de la Cathédrale.

 

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