Le futur s’assombrit pour la fameuse église Saint-Nicaise. La Ville, qui débourse 300 000 euros chaque année pour l’entretien des églises vient d’annoncer qu’elle fera de Saint-Nicaise une priorité pour l’année. Les travaux de « sécurisation » envisagés pour l’église désacralisée n’ont d’autres vocations que sa mise en vente imminente.

Cette annonce aura immédiatement suscitée la réaction de la « Boise Saint-Nicaise », association fondée en 2016 en vue de la conservation et de la restauration de l’église. Elle poursuit l’objectif de lui rendre sa vocation « patrimoniale, sociale et culturelle« . Ses membres projetaient, entre autres, de « de transformer le rez-de-chaussée du presbytère en restaurant associatif et en gratiféria (marché gratuit)« .

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L’association, qui avait lancé une pétition largement relayée et signée, ne semble pas avoir été écoutée par les autorités. Suite aux récentes annonces de l’élu du patrimoine de la Ville de Rouen, les membres s’expriment via leur page facebook « La Boise Saint-Nicaise » : « La municipalité, sans concertation aucune, continue à envisager une privatisation des lieux. Notre projet, exposé sur notre site et dans nos dépliants, est tout bonnement ignoré. Pire, la mairie réclame de l’argent à l’État, au département et à la Métropole pour financer la sécurisation de la flèche de l’église non pas comme première étape d’une restauration complète, mais comme préalable à une mise en vente. » Et de s’étonner : « Comment peut-il [l’élu en charge du patrimoine] soutenir sans ciller que maintenant que l’église est désaffectée, la mairie peut en faire ce qu’elle veut ? Depuis quand le maire est-il propriétaire en son nom seul du patrimoine commun qu’il gère en notre nom ? »

Les membres de l’association, passionnés par l’histoire, ne manquent pas de nous rappeler sur leur site https://assolaboisedesaint.wixsite.com/boisedesaintnicaise/ ) les moultes rebondissements qu’a connu Saint-Nicaise, comme ici en 1630 :

« Pauvre, la paroisse Saint-Nicaise l’a toujours été, mais la pauvreté n’est pas toujours un empêchement. Saint-Nicaise débordait jadis d’énergie et de sens de l’initiative dans les situations de péril imminent. En juillet 1630, une grosse nef lestée de draps anglais « déguisés » se hasarda dans le port de Rouen. Les portefaix, pas dupes d’un stratagème éculé, furent prompts à avertir de ce coup en traître les ouvriers de Saint-Nicaise. Toute la paroisse, femmes et enfants compris, entre 1 000 et 1 200 personnes, se dressa comme un seul homme et marcha sus à cette concurrence assez sûre d’elle-même pour tenter de ravir le pain des travailleurs sous leur nez. Quelques balles venaient à peine d’être débarquées devant les douanes de la Romaine que ce peuple urbain en campagne les dépeça furieusement. Puis, passant de l’arme terrestre à l’arme navale, où il était également compétent, il lança plusieurs dizaines de chaloupes à l’abordage de la nef anglaise, dont l’équipage se volatilisa plus vite que la direction d’une banque en faillite. Le restant de la cargaison fut jeté à la Seine, qui s’étoila d’une charpie d’étoffes multicolores. Cette action de salubrité économique accomplie, les Nicaisiens, redevenus calmes, plaisantant et devisant de riens, s’en retournèrent à leurs tâches ordinaires. La bourgeoisie rouennaise, effrayée d’une telle audace, ne qualifia pas l’expédition de « raid de casseurs », mais, dans la terminologie de l’époque, de « descente de reîtres ». Elle fit procéder à de nombreuses arrestations, d’autant qu’un autre groupe d’ouvriers avait fondu sur le Parlement, où un dénommé Coquerel dénonçait l’arrivée du navire, mais nul ne fut condamné. Elle savait à présent ce qu’il lui en coûterait si elle cherchait noise aux Nicaisiens. Elle savait. Aussi rusa-t-elle pour leur donner une bonne correction. »

L’incendie de mars 1934 marqua un tournant dans son histoire et déboucha sur son aspect actuel. Le feu avait alors ravagé les 3/4 du batîment et la ville de Rouen lança un concours pour la reconstruction de la nef et du clocher. Le projet retenu, marqué par l’utilisation du béton armé, était résolument moderne. Bien des années après sa restauration, elle fut désacralisée en 2012 mais elle continua d’héberger l’association les Repas Chauds de Saint Marc qui assurait la distribution de repas jusqu’en 2015.

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L’association de la Boise Saint-Nicaise est née suite à l’occupation de l’Eglise lors du mouvement contre la loi travail en mai et juin 2016. A cette période, les assemblées Nuit Debout réunies quotidiennement place de l’Hôtel de Ville à Rouen faisaient régulièrement face aux interventions policières, les empêchant de tenir leurs assemblées sereinement et d’occuper la place publique. Les participants aux assemblées avaient alors amorçé l’occupation de l’église rebaptisée « Commune Saint Nicaise » pour y maintenir et y prolonger la lutte contre « la loi travail et son monde » qui battait alors son plein.

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Rien de mieux que ces deux tracts écrits à cette période pour illustrer la Commune :

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L’historien et passionné Bertrand Rouzies avait, pour l’occasion, écrit ce délicieux article :
https://blogs.mediapart.fr/bertrand-rouzies/blog/030616/redonnez-nous-notre-boise

L’occupation fut écourtée par les forces de l’ordre, venues alors en nombre le 6 juin 2016 afin de quadriller la totalité du quartier et de déloger les occupants.

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Aujourd’hui, les palissades de la ville empêchent toute nouvelle intrusion dans l’édifice.

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Pour autant, la Boise Saint-Nicaise ne compte pas lâcher le combat et ne s’avoue pas encore vaincue.