C’est une réalité qui commence désormais à apparaître : la préfète de Seine-Maritime, parachutée depuis la Jungle de Calais – dont elle organisa le démantèlement, mène une politique anti-migrants acharnée depuis son arrivée. A Rouen, au début de l’été, près d’une cinquantaine de réfugiés survivaient difficilement et les évacuations de leur camps se succèdaient. Ils avaient alors trouvé un asile temporaire dans un gymnase de la Grand Mare. Nous sommes allés à la rencontre du collectif Solidarité – Hauts de Rouen qui leur vient en aide, au jour le jour, pour leur donner la parole.

On a vu apparaître un groupe sur la plaine de la Hêtraie. Certains habitants se sont approchés. C’est là qu’ils se sont aperçus que c’était des migrants. Au départ c’était vraiment les habitants autour de la Plaine de la Hêtraie qui se sont solidarisés. On leur a apporté des couvertures, à manger et à boire.

Et aussi on les amène chez nous pour faire la toilette ! On était là dès le début, jusqu’à la fin !

Non, y’a pas de fin encore !

Il y a eu la mobilisation des jeunes du quartier

En fait ils ont été évacues de la plaine de la Hêtraie par les forces de police. Je pense, à cause de certaines plaintes de voisins, je sais pas trop. Parce qu’il y avait la fête de la Saint-Jean et qu’ils avaient besoin des lieux pour faire la fête de la Saint-Jean. De là, il y a eu un plus forte mobilisation des habitants. Alors on a pensé à l’autre plaine de l’Aigle, qui était plus cachée et sécurisée, pour nous, et pour eux surtout ! On a su qu’ils avaient été, à la base, au boulevard des Belges, qu’il avait été évacué du boulevard des belges, qu’ils ont été à l’île Lacroix et qu’ils ont été évacués de l’île Lacroix. Ils ont été assez mal traités en centre ville, pas du tout sécurisés, ils ont pris des cailloux, enfin, ce genre de choses… Il y avait déjà un petit groupe de personnes qui avait commencé à s’en occuper, qui ont continué à les suivre au niveau administratif et qui sont toujours présentes.

Du coup, tout le monde s’est solidarisé, on a commencé à organiser des repas. On a eu la chance d’avoir ce lieu [le Centre André] Malraux pour pouvoir les préparer, et donc on leur amenait un repas chaud tout les soirs. Le matin certains ramenaient le petit déjeuner. Il y a eu la mobilisation des jeunes du quartier qui ont financé la grosse majorité des tentes parce que, au départ, il y avait absolument pas d’abri pour eux. On a crée la page Facebook Solidarité HDR où on se passe les informations et où on fait appel aux dons.

Posez des questions c’est peut-être plus facile !

Tout les jours c’est de l’urgence !

On peut pas planifier !

Tous les jours c’est des situations différentes, il y a des arrivés, des sorties… Là par exemple il y a une famille qui vient d’arriver avec cinq enfants.

C’est le collectif qui gère vraiment la vie quotidienne.

Tous les soirs il y a une réunion. À cette réunion il y a des gens d’associations, des droits de l’homme, le DAL, etc. Mais ceux qui gèrent tout ce qui est vie quotidienne, c’est les habitants ! Après, aux réunions, il y a des gens beaucoup plus larges… Qu’on voit qu’aux réunions ! Mais qui s’impliquent certainement administrativement !

Depuis qu’ils sont là, on n’a jamais vu autant la police

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Là du coup il y en a certains qui ont été mis en CAO, ce qui va leur permettre de régulariser leurs situations, par contre certains vont être en centre de rétention [CRA: Centre de Rétention Administrative]

Il y en a eu un plus de 8 qui ont été arrêtés, il y en a qui ont été relâchés de suite, il y en a qui ont été relâchés récemment, et il y en a 2 qui sont encore en rétention.

C’est vraiment complexe, on a les demandeurs d’asile dont la demande a été acceptée on va dire, mais qui n’ont pas de logements. Ça c’est la procédure normale.

On a des gens qui ont des rendez-vous en préfecture pour faire leur demande, à des dates qui s’étalent de septembre à novembre, et eux n’ont droit à rien, à rien du tout.

La réponse du député est assez criante, il a répondu qu’ils étaient que onze au moment où ils étaient plus de quarante ! Que la plupart étaient dublinés [Selon le règlement européen Dublin III, un migrant qui veut faire une demande d’asile en France doit d’abord s’enregistrer à la préfecture, qui consulte Eurodac pour déterminer si un autre pays est responsable. Si c’est le cas, le migrant est placé en « procédure Dublin », le temps de demander à l’État responsable de le reprendre. Durant cette période, il dispose de certains droits (dont l’allocation pour demandeur d’asile) mais peut être assigné à résidence ou placé en rétention. S’il ne se rend pas à plusieurs convocations, il est déclaré « en fuite » et perd ses droits. Le transfert peut être décidé si l’État responsable donne son accord. Si cette expulsion n’est pas réalisée dans les six mois après la réponse (dix-huit mois en cas de fuite), le migrant peut faire sa demande d’asile en France.] et que c’était donc pas à la France de s’en occuper mais aux pays dans lesquels ils étaient arrivés en premier, et que c’était pas l’urgence de s’occuper d’eux mais que la première urgence c’était de régler le problème en amont, c’est à dire réduire les flux de migrants. C’était une réponse très extrême-droite ! Alors qu’en fait c’est La République En Marche.

C’est carrément inadmissible ! C’est même inadmissible que nous, habitants, on soit obligés de faire leur job !

Juridiquement on a du prendre une avocate parce que démêler tout ça c’est un peu difficile, on est pas juristes ! Moi aussi j’ai appris ce que c’était un dubliné, les différences au niveau des demandes, etc…

C’est vrai qu’ils attendent des réponses aussi, ils ont besoin de savoir et ils comprennent pas forcément les papiers. On essaye aussi de se former entre-temps, mais c’est vrai que c’est tellement complexe…

Quand ils sont dublinés c’est que: soit ils se font arrêtés soit, effectivement, ils font un contrôle d’identité et on les oblige à donner leurs empreintes. Depuis qu’ils sont là, on a jamais vu autant la police. Il y a deux jours ils étaient posés dehors et la police est arrivée: camions, contrôles…

Le deal c’est qu’il y a deux personnes qui ont réussi à négocier l’utilisation des locaux. Malraux n’a pas trop posé de problèmes, le gymnase c’est une tolérance. Ça a été voté mais l’évacuation a eu lieu le lendemain… Ils ont re-négocié alors le maire a donné son accord. Ils prennent pas leurs responsabilités ! La mairie est quand même a l’écoute, essaye d’écouter, essaye de faire, mais je pense qu’il sont aussi bloqués plus haut. À la base ils ont le pouvoir de réquisition sur certains lieux, mais je pense qu’il doivent être bloqués ailleurs. Il y a des lieux dans Rouen qui sont faits pour ça, un gymnase c’est pas fait pour ça ! C’est carrément inadmissible ! C’est même inadmissible que nous, habitants, on soit obligés de faire leur job !

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On a aussi organisé des cours d’alphabétisation et de français. Les demandeurs d’asile participent tous. Il y en a une vingtaine en ce moment. De Somalie, du Soudan, de l’Érythrée, des afghans et des yéménites. Pour ceux qui partent en CAO il y a un suivi, on a les contacts téléphoniques, ils nous appellent, donnent des infos…

On vit au jour le jour. Moi je pense pas qu’il faut faire de rapports de force, la préfète a un discours assez dur et si on rentre dans le rapport de force avec elle on se ferme les portes définitivement. La dernière réunion s’est très mal passé, il y avait pas mal d’associations qui étaient pas mal politisées. J’ai dit que si ils ramenaient la couverture à eux et qu’ils politisaient et rentrer dans un rapport de force, moi, je continuerai mon job en tant qu’humaine, mais qu’il était hors de question que je rentre dans ce genre de procédures. Ils mettent en danger les demandeurs d’asile parce qu’ils demandent qu’ils participent à ce rapport de force.

Est-ce que exposer les gars en plein centre ville dans une manif c’est pas les mettre quelque part en danger dans le sens où, en centre-ville, il y a les fachos, les keufs… Après voila ça se discute…

La solidarité tu la trouves où ? Dans un secteur soi-disant difficile ! C’est là où tu trouves le plus de solidarité ! Dans le quartier du boulevard des belges ou de l’île Lacroix y’a pas eu de mouvement de cet ampleur, ils ont juste été dégagés.

Pour les mineurs ça s’est mal fini, l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) ne les prend pas en charge parce qu’ils veulent pas d’appel d’air. C’est quand même un truc qui est sensé s’occuper d’eux! Du coup, il y a une asso de familles, de gens, qui accueillent des mineurs, deux jours, trois jours… C’est des jeunes qui ont entre 15 et 18 ans et qui sont livrés à eux mêmes. Il y en a un qui est en formation et bah… ça sert a rien… Personne ne l’aide pour le transports, ils n’ont pas à manger. Ils ont un paquet de chips, un sandwich… Là il y en a qui ont atteint la majorité donc ils ont été mis dehors. L’ASE a quand même fait appel à la police pour qu’ils puissent les sortir! Il y a même un jeune qui a été bien tabassé par la police…

La solidarité tu la trouves où ? Dans un secteur soi-disant difficile ! C’est là où tu trouves le plus de solidarité ! Dans le quartier du boulevard des belges ou de l’île Lacroix y’a pas eu de mouvement de cet ampleur, ils ont juste été dégagés. C’est peut-être discriminatoire de dire que dans tel espace de la ville y’a pas de solidarité et que dans d’autres y’en a mais… c’est le cas, de fait.

Bon après dans les bénévoles on a aussi des gens qui viennent pas forcément des hauts de Rouen, qui gèrent tout ce qui est un petit peu administratif, qui font les liaisons, qui sont au tribunal, je suis aller hier avec elles, pff, c’est chaud les journées ! Elles, elles ont été présentes depuis le début.

Il y a beaucoup de femmes dans le collectif, mais y’a des hommes quand même qui nous aident ! Après, ils sont avec leurs femmes, mais il y a des hommes quand même !

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