Nous proposons de se retrouver dimanche 6 mai à 16h sur les quais bas de la rive gauche, au niveau du pont Corneille. Malgré l’expulsion du lieu occupé sur l’île Lacroix, il nous semble plus que nécessaire d’imaginer une suite. Seulement 4 jours, mais 4 jours intenses qui ouvrent un horizon de possibilités, qui donnent envie de se retrouver, de réitérer ou en tous cas, de ne rien lâcher face au scandale permanent du pouvoir. Si toi aussi tu as été boulversé par la révélation clinquante du lieu pendant la manif du 1er mai et par les 4 jours intenses de discussions et de fêtes, alors viens et on discute !

Communiqué de presse.

Vendredi 4 mai, vers 14h, un camion blanc se dirige vers l’île Lacroix. Le camion n’a rien de remarquable, ça pourrait être le véhicule d’un plombier ou d’un menuisier. Sauf qu’à l’avant du véhicule, trois hommes dissimulent leur visage sous une cagoule trois trous. Sauf qu’autant de CRS que possibles sont entassés à l’arrière. On se rendra compte qu’ils sont suivis par six ou huit équipes de la BAC et autant de fourgons de police. Leur mission : expulser le bâtiment occupé par « Surgissement » depuis le 1er mai. Le dispositif policier est démesuré. Ils veulent leur revanche sur la « déculottée ».

Il faut que tout soit sous contrôle. Que rien d’imprévu n’arrive. Et si un feu prenait ? Ramenons cinq camions de pompier en plus. Et si l’un des occupants se jetait à la Seine ? Ramenons un bateau, pourquoi pas ? Pour tout contrôler, il faut tout voir. C’est pourquoi la police avait ramené un drone – pour la première fois à Rouen. Ça tombait bien cette intervention pour nous, parce qu’on allait discuter de violence avec François Cusset le soir même à l’occasion de son nouveau livre, Le déchaînement du monde.

Le papier signifiant l’expulsion pour cause de troubles à l’ordre publique (mais à partir de quel élément en fait?) est remis aux mains des occupants. Aussitôt, coupe-boulons et bélier en main, les forces de l’ordre mettent fin à l’occupation. Ils arpentent chaque étage totalement casqués, matraques en main, prêts à en découdre. Ils extirpent les occupants en train de réunir leurs affaires et mettent un terme à l’atelier-banderole des étudiants. Regards durs et arrogants des bacqueux. Le flic qui te serre le bras et qui te tire vers le fourgon où on te rentre le temps d’un contrôle de papier à l’abri du regard des journalistes. Les insultes. Contrôle d’identité, les uns après les autres. Si tu n’as pas tes papiers, au poste. Un type qui tentait d’aider une amie violemment malmenée par les policiers se fait étrangler et le flic lui dit : « Si tu bouges je serre encore plus fort ». Puis une fois tout le monde contrôlé, les flics poussent et malmènent le groupe. L’occasion d’écraser un bouclier sur une épaule. Gaz poivre (alors qu’un nouveau-né était lui aussi venu soutenir les occupants). Coups de matraques. En prendre un ou deux par le col. Écraser par terre. Violence. Le tour de passe-passe du dispositif policier, c’est de dire : on vient si nombreux parce qu’ils sont dangereux. C’est de faire croire que la violence est de notre côté.
Nous sommes expulsés, et nous sommes en colère. Mais nous avons eu quatre jours. Quatre jours pour notre QG de la grève et de la fête. On a remué du bassin sur du bon son. On a palabré à propos de mai 68 et de mai 2018, à propos du CPE, de la LRU, de la loi travail, de l’assiduité à la fac. On a devisé sur le gouvernement et sur la révolte. On a bricolé pour retrouver l’électricité. On s’est rencontré, autour d’une bière ou d’une discussion sur la ZAD. On a dormi les uns à côté des autres et on a retrouvé les copains du matin qui nous apportaient le thermos de café. On a profité de la lumière qui traverse toutes les pièces de ce bâtiment. On pouvait voir la Seine, la cathédrale et le soleil couchant d’un seul coup d’oeil. Le soir du premier jour, une copine disait : ça fait du bien de sentir que pour une fois, le monde nous appartient un peu. Sans blague, quelque chose a surgi.

Occuper c’est réunir ce qui est habituellement bien segmenté, dans la division ordinaire de toutes les tâches. Là, on enchaînait les réunions, les discussions et les concerts au même endroit. Unité de temps et de lieu. En nous privant de cet espace, la police rétablie ce que nous avions suspendu : l’ordre, la marche normale et atomisante du monde. Qu’importe, nous resurgirons. Notre révolte avait un lieu, elle en aura plusieurs. Chacun est de retour dans autant de bases arrière. Disséminés, nous serons proliférants. Non plus surgissement, mais cette fois surgissements.

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