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Une réponse aux accusations et aux craintes de la police du renseignement au sujet de l’explosion sociale à venir

Suite à la note du renseignement révélée dans les médias en début de semaine sur notre rôle supposé dans la prétendue révolte à venir après le confinement, nous décidons de faire paraître quelques éléments de réponse.

Les agents du renseignement territorial télétravaillent pour la première fois comme beaucoup d’autres. Derrière leurs bureaux de fortune installés pour l’occasion, on bosse une heure ou deux à la journée. C’est les débuts, c’est un peu free. Le supérieur n’a pas encore les moyens techniques de vérifier l’assiduité. Alors ça traîne sur les pages des différentes mouvances en espérant dégoter des perles, entre mêmes de mauvais goûts et appels à l’insurrection. C’est nettement moins risqué, en effet, que d’infiltrer les cortèges et de devoir détaler face aux manifestants les plus taquins !

Et puis viens le jour où on leur demande des comptes, à ces agents. Alors ça pond une note que tout le monde s’arrache ! Une aubaine pour les éditorialistes, qui n’avaient plus rien à se mettre sous la dent. Parce que Didier Raoult et le classement international des mortalités, ça va deux minutes.

C’est dans le Parisien que paraît le premier article sur une « crainte de l’embrasement après le confinement », reprenant sans état d’âme les catégories policières. « Ultragauche », « groupuscule » associés à « Rouen dans la rue », « Nantes Révoltée ». Nous ne sommes pas à une confusion près de la part des renseignements mais si on comprend bien : la prétendue révolte à venir après le confinement serait méticuleusement organisée depuis les pages facebook des médias indépendants ? Médias qui, il est vrai, entretiennent une certaine proximité avec la réalité vécue par « ceux d’en bas », par ceux qui luttent, par ceux qui habituellement n’ont pas le droit à la fenêtre médiatique mainstream. Il semblerait, et de façon plus criante depuis la révolte des Gilets Jaunes, que documenter et rendre compte des secousses sociales constitue une menace grandissante pour le pouvoir. Et c’est depuis cette période que l’appareil répressif s’adonne à des torsions invraisemblables pour tenter de judiciariser ce qui relève pourtant du relais d’informations.

Des « jeunes de banlieues » aux « ultras jaunes », en passant par le fameux « black block », la rhétorique de l’ennemi intérieur est déjà bien rôdé. Cette fois la menace prend des airs de « groupuscules » qui avancent masqués derrière des « pages facebook ». Il s’agit, comme toujours, de former le profil de la menace, de forger un sujet responsable des explosions sociales. Il s’agit de répandre l’idée d’un partage séparant la population aux ordres de quelques individus dangereux tenant les ficelles de la contestation et qu’il faut neutraliser dans l’intérêt de tous !

Mais une fois encore, on peut difficilement faire plus creux, et nous ne sommes pas les seuls à le déclarer publiquement ! Dans un article de l’Express on apprend aujourd’hui, dans les termes même d’un cadre de la préfecture de Paris que « celui qui a écrit ça n’a jamais fait de renseignement de sa vie ! Le raisonnement n’est pas logique ». Messieurs les agents du renseignement, si votre lucidité n’est pas au plus fort, c’est bien votre crédibilité qui risque ici de ne pas s’en remettre.

Mais quel pourrait être, au delà d’une répression ciblée, l’enjeu réel d’une opération de communication policière aux traits si grossièrement tirées ? Déposséder ceux qui ont toutes les raisons de se révolter de leur propre colère, et faire de ceux-ci des êtres forcément manipulés ! Quand cela fait deux ans que sans interruption on trouve dans les rues, et en masse, des hordes de gilets jaunes, des collectifs de banlieues, des lycéens, des avocats, des professeurs, des pompiers, et on en passe, il y a bien de quoi s’inquiéter. Quand en période de confinement, les agents hospitaliers inondent les réseaux sociaux de photos insultantes adressées à Macron, sortent à plusieurs dizaines des hôpitaux pour crier désespérément leur colère, et se donnent déjà rendez-vous dans la rue pour le jour d’après, il y a de quoi trembler. Et c’est maintenant le commun des mouvements contestataires de l’époque : ils n’ont ni leader ni organisation séparée, pas de délégations ni négociations, ils prolifèrent sur les lieux de travail ou sur les réseaux sociaux, sans centre ni stratégie globale. Et de ce fait ils échappent à toute captation, à toute récupération, leur donnant la force monumentale de l’imprévisible.

La construction policière ici à l’œuvre ne manifeste rien d’autre que la crainte actuelle du pouvoir : que tout lui échappe, sans savoir ni quand, ni comment !

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