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Enquête sur le maintien de l’ordre en manifestation : Mutiler, charger, interpeller en toute impunité

Notes sur le rapport de l’ACAT : Maintien de l’ordre, à quel prix ?

Les violences policières pendant le confinement ont révélé encore une fois un traitement particulier des habitants des quartiers populaires majoritairement issus de l’immigration et/ou de la colonisation. Mais ces violences ne sont pas nouvelles. L’ACAT publie régulièrement des rapports sur le maintien de l’ordre. Le dernier date de mars 2020 et il concerne principalement le maintien de l’ordre en manifestation. En voici un résumé.

Entre novembre 2018 et janvier 2020, l’ACAT a mené un important travail d’enquête et d’analyse sur le maintien de l’ordre, scrutant à la loupe ses évolutions et ses conséquences. Les pratiques que l’association dévoile sont sans surprise pour tous ceux d’entre nous familiers des manifestations. L’ACAT prend toutefois soin de rappeler qu’il est historiquement faux de soutenir que les manifestants français seraient plus violents qu’auparavant, comme il est souvent soutenu dans les médias, sauf à vouloir justifier des pratiques offensives de la part des forces de l’ordre.

En vrac et de façon non exhaustive, il est pointé par l’association :

Une évolution des doctrines du maintien de l’ordre vers plus de contacts avec les manifestants, la systématisation des logiques d’interpellation, le recours massif aux armes de force dite intermédiaire (alors même que selon elle, cet emploi, bien loin d’apaiser les tensions et de maintenir l’ordre, est susceptible de générer des violences) avec une volonté d’assumer les blessures et une mise à distance de la doctrine “z​éro blessé, zéro mort​”, un manque de transparence chronique des autorités, des difficultés pour les victimes à obtenir justice, etc.

Il est recommandé et demandé, entre autres :

- l’interdiction des lanceurs de balle de défense ;

- la suspension de l’utilisation des grenades GM2L et des grenades de désencerclement dans l’attente d’un examen complet et indépendant, ainsi que l’engagement d’une réflexion sur l’utilisation de telles armes dans des dispositifs de maintien de l’ordre ;

- la publication de nombre de personnes blessées ou tuées dans le cadre d’interventions de police ou de gendarmerie ;

- les autorités françaises rappellent aux forces de l’ordre leur obligation de respecter le travail et l’intégrité des journalistes dans le cadre des manifestations ;

- la création d’un organe indépendant chargé d’enquêter sur les faits commis par des agents de police et de gendarmerie ;

- examiner et juger toute plainte pour outrage et rébellion déposée concomitamment à une plainte dénonçant un usage illégal ou abusif de la force en même-temps que cette dernière.

 

Extraits choisis :

“Les précédentes opérations de maintien de l’ordre ayant entraîné des décès ou des blessures graves avaient conduit les autorités à revoir leurs pratiques, dans l’idée que le maintien de l’ordre devait tendre à l’idéal du “zéro blessé, zéro mort”. Ce fut par exemple le cas des engins lanceurs d’eau dans les années 1990, qui ne furent plus utilisés après qu’une femme a été grièvement blessée lors d’une manifestation d’infirmiers ; ou encore de la dissolution des “voltigeurs” après les violences ayant conduit à la mort de Malik Oussekine à Paris, en 1986. or, force est de constater que ce principe a été progressivement remis en cause. Les autorités assument en effet des postures “de contact”, plus violentes, qui se traduisent irrémédiablement par une augmentation du nombre de blessés, et ce pas uniquement chez les manifestants. »

Interrogé par l’ACAT sur ce changement, le sociologue Sébastien Roché estime que si la volonté d’éviter les morts en manifestation perdure, les blessures occasionnées par les forces de l’ordre ont été “assumées” publiquement par les autorités”.

“Traditionnellement, le qualificatif de “casseur” est surtout employé pour désigner les personnes considérées comme appartenant à l’extrême gauche et aux jeunes présentés comme issus des quartiers populaires. A l’instar du discours politique encadrant la manifestation, force est de constater que l’emploi du terme “casseur” n’est en pratique pas uniquement lié à l’existence de dégradations ou de violences en marge d’un cortège. En effet, comme l’explique le sociologue Cédric Moreau de Bellaing, “​si cette dénomination ne tenait en effet qu’à la destruction de biens à l’occasion de protestation collective, elle devrait alors aussi être employée à l’occasion de manifestations violentes de pompiers, de viticulteurs ou encore de certains ouvriers comme le cas exemplaire de Continental. Ce n’est pourtant que très rarement le cas, le qualificatif de casseur étant réservé à des groupes sociaux spécifiques​”. L’utilisation de ce terme permet ainsi de dépolitiser l’action des manifestants, concentrant l’attention sur des dégâts matériels et non sur les revendications qui sont portées.”

 

Pour consulter le rapport dans son intégralité : https://www.acatfrance.fr/rapport/lordre-a-quel-prix