Dans la rue

Casseurs et police. Deux pièges pour les gilets jaunes dans une situation quasi-révolutionnaire.

« Casseurs. Casseurs. Casseurs ».

Journalistes, hommes politiques, et même gilets jaunes, tous utilisent ce mot en permanence. Il nous sort pas les oreilles à force d’y entrer. On peut regretter des actes pas trop malins commis ici ou là mais à trop se focaliser sur les « méchants casseurs » on manque l’essentiel. Le mouvement des gilets jaunes s’est transformé en une véritable révolte populaire. Beaucoup de commentateurs le reconnaissent. La situation serait pré-insurrectionnelle. De fait, beaucoup de gilets jaunes sont portés par le souffle de la révolution française de 1789, de la commune de Paris ou de mai 68. Pendant une révolution, tout le monde casse un peu.

Mais la question à laquelle nous faisons face est pourtant simple. Ça n’est pas celle de la casse, c’est celle de la violence légitime. Il y a des situations historiques où la colère contre la violence des dirigeants et la misère qu’ils entretiennent, où la rage contre la violence des forces de l’ordre s’expriment avec violence à son tour. Alors les pavés volent, les barricades s’érigent, les gens s’organisent pour résister à la police et des vitrines tombent. Comme parfois les gouvernements et les régimes politiques. Mais la violence est d’abord du côté du pouvoir.

Il faut vraiment ne rien comprendre à la fièvre qui s’est emparée de Paris pour s’imaginer une seconde que ça pourrait être le résultat de l’action de quelques policiers infiltrés ou d’activistes aguerris.

La marseillaise et ses fameux « Aux armes ! » que les gilets jaunes chantent à tue-tête est le chant d’une armée révolutionnaire avant de devenir l’hymne officiel d’une république aux mains pleines de sang. Celle des massacres des colonisés et des ouvriers insurgés du 19 ème siècle.

Il faut vraiment ne rien comprendre à la fièvre qui s’est emparée de Paris et d’autres villes de province, ou qui animent les nombreux blocages, pour s’imaginer une seconde que ça pourrait être le résultat de l’action de quelques policiers infiltrés ou d’activistes aguerris. Les flics se mettent en civil pour pouvoir procéder à des arrestations. Et même s’ils peuvent en rêver, ni l’ultra-gauche ni l’ultra-droite, pour parler comme les médias, n’ont le pouvoir de déclencher de tels événements.

Sur les policiers et les gendarmes encore, la question n’est pas tant de distinguer les méchants des gentils flics, mais de comprendre que leur fonction est d’obéir aux ordres qui commandent de réprimer ce qui menace le gouvernement et derrière lui ce système. Certains policiers demandent ouvertement à être couverts s’ils tirent sur la foule samedi prochain.

 

Ils ne sont pas comme nous car dans l’exercice de leur métier ils peuvent frapper légalement, blesser, mutiler ou tuer. Ils ne sont pas non plus avec nous a priori. Mais ils peuvent le devenir. Il ne suffit pas alors de retirer son casque quand ils ne risquent rien. Il faut rompre les rangs et ne plus obéir.

Pour passer un cap, il faut arrêter de penser qu’il y aurait une seule bonne manière d’être gilet jaune qui devrait s’imposer aux autres. Il faut accepter qu’il y a un très grand nombre de tactiques différentes possibles.

En vrai la situation n’oppose pas les gilets jaunes et les casseurs. Elle fait apparaitre une distinction fragile entre des gilets jaunes pacifistes et des gilets jaunes prêts à assumer différentes formes de violences (le blocage en lui-même en est une pour le directeur d’un centre commercial). Les pacifistes d’il y a 15 jours s’étant souvent transformé au fil des jours et de l’expérience de la répression policière. Il y a des gilets jaunes modérés et des gilets jaunes devenus révolutionnaires, des gilets jaunes qui veulent des représentants, d’autres qui n’en veulent pas. Des gilets jaunes qui veulent bloquer, d’autres qui veulent filtrer. Des gilets qui vont sur les plateaux télé et d’autres qui pensent que c’est une erreur. Des gilets jaunes sobres et des gilets jaunes portés sur la boisson.

Tous sont révoltés ! Pour passer un cap, il faut arrêter de penser qu’il y aurait une seule bonne manière d’être gilet jaune qui devrait s’imposer aux autres. Il faut accepter qu’il y a un très grand nombre de tactiques différentes possibles. De la pétition aux députés aux barricades parisiennes. Il faut juste
apprendre à s’organiser ensemble à partir de là sans tomber dans le piège des représentants. Et pourquoi ne pas organiser des assemblées populaires comme le proposent des gilets jaunes de Commercy.

Tous gilets jaunes. Tous révoltés. Organisons-nous. Bloquons tout.

 

Le tract en PDF pour l’impression (A5 recto-verso) :

Casseurs et police