Une manifestive contre toutes les expulsions était organisée hier à Saint-Sever. A l’issue de cette courte manif, un lieu immense - et abandonné depuis 5 ans - a été requisitionné pour loger des demandeurs d’asile.
Récit de l’intérieur
Il y a deux semaines une poignée d’individu-e-s furent ébaubi-e-s et admirati-f-ve-s de l’occupation de la capitainerie (#Surgissement) démarrée de manière ouverte lors de la manif du 1er mai. Des personnes ayant déjà partagé d’autres occupations, à la ferme des bouillons, à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Puiplu [cabane située sur la ZAD de NDDL construite en 2012 par le collectif de solidarité rouennais, détruite en mai 2018 par la gendarmerie] si tu nous lis t’es peut-être détruite mais tu vivras longtemps encore, big big up à toi pour tous ces moments incroyabilicieux !) par exemple.
Au cours d’une soirée à la capitainerie, nous nous éclipsons pour aller visiter un lieu que certain-e-s d’entre nous savent vides pour être passé-e-s plusieurs fois devant. Un lieu si grand (on comptera 49 studios !), libre de tout occupant-e, à une époque où tant de personnes sont contraint-e-s de crécher à la belle mais triste et dure étoile, ça se remarque !
Nous passons une bonne partie de la nuit sur place, et commençons, maintenant que l’on sait ce que ce bâtiment a dans le ventre, à imaginer comment il pourra être utile à plein de gen-te-s. Nous pensons naturellement aux personnes migrant-e-s, étant donné que nous partageons un dégoût de la politique de traque et rafle pratiquée par les (à bas le) pouvoir(!)s publics. Cette situation insupportable nous pousse à faire preuve d’hospitalité, de bon sens, de solidarité, appelez ça comme vous voulez.
L’électricité est vite remise mais le compteur linky fait chier, il coupe le jus au bout d’une demi-heure d’utilisation. Société de contrôle de merde.
Ah aussi il faut dire que le jardin est superbe ! (D’ailleurs début du jardinage demain dimanche 20 mai en fin de matinée. Outils, coups de mains de personnes s’y connaissant ou pas sont tout à fait bienvenu-e-s !)
Au cours des jours et nuits (la discrétion nécessaire dans les débuts d’une occupation nous fait préférer ces dernières, et ces ambiances nocturnes se mêlent au sentiment de faire quelque chose de juste et nécessaire, un pitit parfum de joie d’enfance, comme si on devait faire les bonnes choses, en cachette de ces salopards d’adultes qui font rien qu’à foutre l’horreur partout) qui suivent des personnes ne se connaissant pas forcément très bien apprennent à fonctionner ensemble.
Rapidement un passage se créé à travers les ignominieuses grilles séparant le jardin de la rue, des voisin-e-s commencent à venir promener leur chien ou à se poser quelques instants histoire de profiter du beau temps.
D’emblée il nous apparaît logique et nécessaire d’aller parler de cette future ocupation aux assos habituées à accompagner les migrant-e-s : DAL (Droit au logement), Solidarité HDR, le centre LGBTI : elles ont l’expérience qui nous manque et connaissent déjà les personnes ayant besoin d’un toit.
Ces discussions portent leurs fruits, déjà cet après-midi ce fut l’immense plaisir de voir arriver, dans des nuages de fumée colorée (préférables aux nuages de lacrymo) sur place une foule aux cris de « La rue elle est à qui ? Elle est à nous ! » puis « A l’attaque !!! » et tout le monde se met à courir jusqu’au bâtiment. C’est bath. Prises de paroles pour expliquer le pourquoi du comment de ce lieu, une bonne partie de la manifestation ignorait que celle-ci permettrait cette occupation.
Quand même certain-e-s s’en doutaient un peu. Depuis quelques années à Caen les occupations de ce type se succèdent, il y en a plusieurs en cours à Nantes, il fallait bien qu’à Rouen on se bouge un peu contre le laisser-faire !
Puis discussion pour organiser l’habitat, pour apprendre à se connaître, pour lancer quelques pistes. Le lieu sera autogéré, il ne s’agira pas de militant-e-s français-es qui s’occuperont de personnes migrant-e-s assisté-e-s, la mixité sera expérimentée au quotidien, dans une cantine par exemple. L’idée est lancée de faire un moment pour rencontrer les voisin-e-s et faire tomber les murs de préjugés : une kermesse ! La temporalité de cet événement est fixée à dans un mois. Comme pour le jardinage, qui veut participer est bienvenu-e.
Voilà voilà, début d’une nouvelle riche expérience, nous ferons tout ce qu’on peut pour qu’elle dure et qu’elle soit à la hauteur de la situation.
Source : https://a-louest.info/Rouen-Ouverture-d-un-lieu-en-solidari…