Ferrero (Nutella, Kinder, etc.) est un excellent exemple de ces multinationales qui parviennent sans scrupules à être néfastes à la fois pour la société (conditions de travail, malbouffe) et pour l’environnement (monocultures, huile de palme)[1]. Sans scrupules non plus, Ferrero se prépare avec l’aide de la société GEMFI à la construction d’un gigantesque centre logistique à Criquebeuf-sur-Seine, tout près de Rouen, pour regrouper l’ensemble de ses activités logistiques aujourd’hui implantées à Petit-Quevilly et dans l’Aube. C’est donc un bâtiment de 3,7 hectares qui doit être construit sur 9 hectares de prairies. Sans compter les accès et espaces de manœuvres pour les camions ! Car avec une capacité de stockage de 45 000 palettes, c’est un sacré défilé de camions (100 poids lourds et 185 véhicules légers prévus par jour) qui attend les riverains et les habitués de la sortie A13 de Criquebeuf déjà fortement embouteillée ! Après une enquête publique bâclée et un permis de construire accordé à la va-vite par le maire sortant, Ferrero annonce que les travaux vont commencer en novembre prochain pour une livraison en 2021.
Alors que la planète brûle chaque jour un peu plus et que la biodiversité continue de s’effondrer, il apparaît totalement irresponsable de permettre le développement de l’activité de ces entreprises écocidaires. De plus, l’argument fallacieux de création d’emplois, le seul mis en avant, ne tient pas une seconde puisqu’il s’agit d’un regroupement d’activités existantes (dont celle de Petit-Quevilly), donc sans création d’emploi comme l’affirmait l’entreprise dès 2019[2] !
Dans les faits, cette zone logistique s’accompagnerait de la destruction de nombreuses espèces rares et protégées (3 espèces d’insectes, 32 espèces d’oiseaux et 6 espèces de chauve-souris), dont 4 espèces d’oiseaux fortement menacées et protégées à l’échelle européenne : l’Œdicnème Criard (plus que 30 couples en vallée de Seine), l’Engoulevent d’Europe, le Busard Saint Martin et la Bondrée apivore. Alors que la destruction d’espèces protégée ne peut être autorisée que pour « des raisons impératives d’intérêt public majeur », la préfecture à considéré qu’aider Ferrero à déménager justifiait de détruire toutes ces espèces vivantes ainsi que leurs habitats.
On ajoutera que là encore, comme pour bon nombre de projets détruisant des espaces naturels et agricoles, la réglementation sur les compensations environnementales reste une vaste blague. Cela avait déjà été mis en avant dans le cas de la forêt et des Landes du Madrillet : il est absurde de penser qu’on peut déplacer un écosystème que l’on détruit ! Et l’arnaque est encore plus vaste lorsque l’on regarde les terrains qui font office de compensation. Alors qu’il faudrait créer de nouveaux espaces naturels équivalents comme le stipule la loi (par exemple en dé-bétonnant un vieux parking ou une autoroute sous-utilisée), l’entourloupe consiste à acquérir des terrains qui sont déjà en bon état écologique et à en assurer la simple gestion (ici pendant 25 ans). Le tout avec la bénédiction des services de l’État. Pour ce projet, Ferrero prévoit ainsi d’acquérir 18 ha situé juste au Sud du site, et actuellement détenus par la carrière STREF & Cie. Sauf que ces 18 ha sont déjà des prairies, et sont déjà un habitat favorables aux espèces protégées menacées par le projet. Pour preuve, ces prairies sont actuellement classée en zone Natura 2000.
Heureusement rien n’est joué, et l’opposition affûte ses armes. En premier lieu, l’autorisation donnée à GEMFI pour le compte de Ferrero est attaquée par un recours au Tribunal administratif déposé par la Fédération France nature environnement Normandie (FNNE) et la Ligue pour la protection des oiseaux Normandie (LPON). Devant l’énormité des infractions environnementales de ce projet, une victoire ne peut être exclue. On rappellera aussi que, comme pour le contournement de Beynac, le jugement peut s’accompagner d’une injonction de remise en état du chantier si le porteur du projet a la mauvaise idée de débuter les travaux avant l’examen des recours… Et c’est sans compter l’opposition croissante de la population aux projets d’artificialisation qui engloutissent jours après jours des milliers d’hectares. Localement, des collectifs se sont constitués pour défendre la forêt et les landes du Madrillet, une ancienne ferme à Bonsecours, une prairie humide à Darnétal, une forêt à Cléon ou Rouxmesnil-Bouteilles ou encore des prairies à La Londe. Il faudra peut-être préparer une opposition physique à Ferrero et son monde.
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[1] Voir l’enquête en deux volets d’Olivier Favier, parue dans Basta Mag en décembre 2019 : https://www.bastamag.net/Nutella-huile-de-palme-deforestation-noisettes-lobbying-Ferrero https://www.bastamag.net/Nutella-famille-Ferrero-histoire-fascisme-milliardaire-Italie-multinationale
[2] « La logistique de Ferrero déménage à Criquebeuf-sur-Seine », Le Journal d’Elbeuf, 24 mai 2019.