Lundi 16 avril au matin. Une dizaine de militants identitaires se pointent sur le campus de MSA en vue de « défendre leur fac » et d’empêcher le blocage du bâtiment de science prévu par les étudiants en lutte la semaine précédente. Masqués, fumigènes en main, ils se montrent menaçants et des coups s’échangent avec les bloqueurs. La fac n’est finalement pas bloquée, mais le scandale de l’action fasciste ramènera un nombre inédit d’étudiants le lendemain pour la reconduction du blocage.
Mardi matin, nous sommes 80 au rendez-vous de 6h. Spontanément, les bâtiments Satie et Lavoisier sont entièrement bloqués. Grâce à l’enthousiasme et l’énergie des présents c’est la quasi-totalité des bâtiments de SHS et LSH qui voient leurs entrées obstruées par des palettes, des poubelles et autres grilles de chantier. Le soleil rayonne sur le campus. Bloqueurs et bloqués semblent apprécier le moment et traînent sur un campus finalement devenu agréable, voir habitable.
Face au blocage conséquent, l’administration décide de n’ouvrir aucun bâtiment, coupant court à nos vélléités d’occupation. C’est alors qu’un cortège s’improvise et s’élance vers la présidence. Nous parvenons à nous introduire jusqu’au bureau du président (qui a tout de même tenter de s’enfermer dans son bureau, preuve d’une volonté de dialogue). En une vingtaine de secondes, le président plie sur toutes nos revendications : l’ouverture immédiate de Robespierre pour occupation et la banalisation des cours le jeudi suivant pour la manifestation.
Nous apprendrons par la suite qu’une délégation étudiante, dont tout le monde semblait ignorer l’existence, s’est entretenu avec le président. A l’AG (de plus de 400 personnes), les étudiants présents au rendez-vous avec le président nous font part de ses propositions qui apparaissent comme un aveu de faiblesse flagrant. Elles seront rejetées d’un bloc au profit de la reconduction du blocage, de l’occupation et d’une baraque à frites de lutte sur le campus pour le lendemain !
La vexation du président à l’égard du rejet de ses propositions et le maintien du rapport de force étudiant a probablement motivé la fermeture administrative du campus qui a suivi, coupant cours au processus de rencontres et d’intensification de la lutte sur la fac de MSA.
Cette séquence aura démontrée quelques éléments :
- ce n’est pas le vote d’une proposition en assemblée qui rend possible une action prévue, mais bien les forces présentes au moment X, et de l’énergie qui en découle. Aucun blocage n’avait été voté pour le mardi matin et l’idée était « d’aviser en fonction du nombre de personnes présentes ». Ce fut pourtant la seule fois que la quasi-totalité des bâtiments étaient bloqués. La faisabilité d’une action dépend donc des moyens que l’on se donne pour la réaliser et non des dizaines de main levées qui ne se pointent jamais au moment donné.
- l’action de blocage a permis d’agréger des centaines d’étudiants sur l’action d’envahissement de l’université et plusieurs centaines aussi à l’assemblée. Le blocage des bâtiments comme moyen de lutte efficace, que ce soit en terme de suspension du cours normal de l’université que de visibilisation de la lutte est apparu comme évident cette semaine.
- nous ne pouvons considérer le président de l’université comme interlocuteur légitime. Il est pro-sélection et n’a pour seul objectif que le bon déroulement de l’université ne soit pas entravé. De plus, il prétend avoir concédé à la lutte la non-application de la sélection à l’université de Rouen. Il veut nous la faire avaler comme une « victoire » alors que cette décision n’intervient que par faute de moyens, reléguant l’université de Rouen une nouvelle fois dans la catégorie des universités péraves, et que rien ne nous garantit qu’il ne l’appliquera pas l’année suivante. De plus, notre lutte s’inscrit dans une dynamique étudiante nationale pour le retrait de la loi ORE, et plus généralement contre la macronisation de la vie.
- en découle l’aberration des délégations d’une poignée d’étudiants, d’autant plus quand ceux-ci n’ont jamais été mandatés. Il est évident que l’administration est en position de force, pose les termes de la négociation, et peut user de plusieurs moyens dissuasifs et pacificateurs quand elle a à faire face à 5 étudiants dans un bureau. En revanche, elle peut difficilement en faire usage lors d’une action massive telle que l’envahissement de la présidence au terme de laquelle nous avons obtenu gain de cause, et ce, dans NOS TERMES.
- la fermeture administrative du campus intervient au moment où les propositions et négociations du président sont rejetées en bloc. C’est le moment aussi où les étudiants en lutte débordent les cadres habituels de la contestation réglée et prévue d’avance entre « cadres » de syndicats étudiants et administration. C’est donc dans ce sens qu’il faut persévérer : rouvrir les espaces de lutte, d’organisation et de rencontres. L’université populaire constituait un bon moyen en vue de cette fin.
Dans ce contexte, la délégation qui a rencontré le président vendredi dernier et qui a accepté ses exigences de ne pas reconduire le blocage et l’occupation est une HONTE. Le sentiment de puissance que nous avons effleuré cette semaine sur le campus de MSA doit trouver son prolongement et ses espaces. Retrouvons-nous mardi à l’AG à 11h sur l’esplanade du campus de MSA pour réaffirmer ces évidences et porter les propositions qui en découlent.