Lors de la perturbation du discours de Darmanin le 28 juillet dernier, la préfecture avait prétendu que « les personnes interpellées étaient « connues pour leur appartenance à la mouvance gilets jaunes et ultra-gauche », et les mots proférés ne sont pas le fait de féministes. » Quelques femmes, interpellées ou refoulées ce jour-là, nous ont fait parvenir ce texte qui vaut comme droit de réponse.
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Cela fait déjà une semaine que le ministre de l’intérieur s’est rendu à Saint Etienne du Rouvray. Cela fait déjà une semaine que onze personnes ont été interpellées pour “outrage en réunion” et illégalement amenées au commissariat pour plusieurs heures, dont quatre personnes mises en garde à vue.
C’était dimanche 26 juillet.
Autour de 11 heures moins d’une centaine de personnes (dont plus de la moitié était des membres des forces de l’ordre en civil ou non) ont vu Gerald Darmanin se rendre au pupitre pour prendre la parole. À ce moment, la tension monte : que fait-il ici ? Il y a de la colère, du dégoût.
A cette cérémonie, un homme accusé de viol rendait hommage à un homme assassiné.
Le viol est un crime. Il ne s’agit pas d’une position féministe. Une fois de plus le message est clair : ce crime est minimisé.
Au même moment, à l’extérieur du fameux “périmètre de sécurité” d’une cérémonie pourtant annoncée comme ouverte au public, les forces de l’ordre, en grand nombre, refusaient l’accès à plusieurs personnes dont des habitants de la ville.
Ces personnes qui voulaient simplement rendre hommage au Père Hamel. Alors sous quels motifs la police a-t-elle sélectionné les entrées ? Plusieurs femmes de différents âges se sont vu refuser l’accès sans justification. Craignaient-ils une action menée par des féministes ? Les femmes seraient donc les seules concernées par les causes féministes ?
La police a-t-elle un radar à féministes ?
Si c’est le cas, il nous semble défaillant.
De fait, à l’intérieur, au moment de la prise de parole de GD, des personnes de diférents genres, réunies pour l’hommage au père Hamel, ont exprimé de façon libre et spontanée leur mécontentement.
En quelques seconde, les cris retentissent “Darmanin violeur” “c’est une honte pour toutes les femmes”
La réaction des forces de l’ordre est immédiate et violente. La suite nous la connaissons : 11 personnes interpellés. Certaines d’entre eux et elles n’ont toujours pas compris pourquoi.
Une fois rentrées dans le commissariat, 4 personnes on était emmené en GAV. Les 7 autres personnes étaient mises dans un couloir ou dans une pièce les privant de leur liberté.
Plusieurs policiers se sont permis des remarques sexistes à l’égard des jeunes filles présentes. La première étant « a-t-elle une culotte » et ensuite la seconde sur une autre en disant « il faudrait lui faire une fouille au corps, elle est plutôt mignonne », on peut se poser la question sur leur comportement au travail.
Par la suite aucune explication n’a été donnée sur leurs droits, après plus de 2 heures d’attente, l’OPJ leurs à demander de les suivre, en expliquant qu’ils étaient là en tant que témoins. Une privation de liberté illégale.
Les propos tenus ensuite par la préfecture « les personnes interpellées sont « connues pour leur appartenance à la mouvance gilets jaunes et ultra-gauche », et les mots proférés ne sont pas le fait de féministes. » nous inquiètent et nous questionnent.
Si les interpellés sont majoritairement des hommes, ils n’en sont pas moins des alliés des féministes et des femmes. La lutte contre le sexisme et la violence de genre est bien représentée parmi les GJ et l’ultra gauche.
Il paraît évident que non seulement le concept d’une lutte intersectionnelle échappe aux forces de l’ordre et à leur chef, mais que c’est bien aussi l’histoire des féminismes même qui est bien loin de leur être acquis.
Le besoin, au-delà de toute mesure, des forces des ordres de mettre des gens dans des cases ne leur a pas permis d’empêcher ce geste qui « leur fera manger des cailloux pendant les prochains mois ».
Dommage.
Monique Wittig a un jour écrit de façon provocante que « le sourire est l’étoile de David des femmes », c’est notre marque de reconnaissance, ce que nous sommes tenus de montrer, en toutes circonstances, pour être « libres » de circuler.
Certaines parmi nous n’ont pas, peut-être, assez souri ce dimanche-là.
Et pour reprendre Alexandra Ocasio-Cortez, la question ne concerne pas seulement l’invitation de Darmanin pour l’hommage au père Hamel, les propos tenus au commissariat envers les femmes interpellées, les mots de la préfecture, une liste des indésirables, la question est culturelle. C’est une culture d’impunité, d’acceptation de la violence et du langage violent à l’égard des femmes qui se retrouve dans toute la structure même du pouvoir qui la soutient.