Le 23 octobre à Évreux, Alexandra Richard était condamnée en appel à 10 ans de prison pour le meurtre de son mari.
Ses avocats plaident la légitime défense contre un mari violent, qui au moment où elle appuie sur la gâchette vient de la menacer de mort mais celle-ci n’a pourtant pas été retenue.
En novembre 2020, la cour de d’assises de Seine-Maritime avait déjà annoncé la même peine. Rien n’a changé donc pour Alexandra Richard.
L’événement n’est pas anodin, l’absence de reconnaissance de légitime défense non plus.
Dans cette affaire, on observe une femme qui décide, à un moment, de répondre à son mari qui la bat. Elle répond d’abord en annonçant le quitter, puis quand il la menace, après des années de violences conjugales, elle met fin à son propre calvaire, elle prend un fusil et tire.
Par ce geste, Alexandra gêne. Elle se soustrait soudainement à l’image de la bonne victime de violence, celle qu’on voit sur les spots publicitaires contre les violences faites aux femmes : celle d’une femme rompue, passive, à qui l’on doit tendre la main car elle ne pourrait se sauver elle-même.
De victime elle devient actrice. Elle a renversé le paradigme, pour la cour, ce n’est pas elle la victime, c’est le mari. Elle a pris contrôle d’une situation pour s’en extraire, coûte que coûte. Alexandra, par son geste, ouvre une porte, montre une autre voie. Elle prouve que ce qu’on nous propose, aux meufs, ne suffit pas. Que le choix entre se morfondre et souffrir ou attendre un sauveur extérieur – sous-entendu l’État – est trop limité. Elle nous rappelle que face à la brutalité, la violence est possible, voire nécessaire.
Mais ça, la Justice ça ne lui plaît pas. Que les femmes puissent se défendre, ne rien attendre des tribunaux, des flics, c’est impensable pour elle. Que l’une d’entre elles puissent en inspirer d’autres à faire appel à sa propre puissance, c’est encore pire. Alors Alexandra prend cher, on ne lui reconnaît pas la légitime défense. Pour la Justice, elle devient un exemple. Le message c’est : « T’es battue ? OK. Compte sur nous, on arrive quand tu seras morte. Ton mec prendra rien. Par contre si tu oses te défendre, si tu as compris que tu peux rien attendre de nous, alors on va te mettre la misère. »
On pourrait croire que la Justice fait défaut, qu’elle ne protège pas ses citoyens. Mais non. Par cette condamnation, la Justice remplit très bien son rôle. Rappeler les règles, même tacites. Elle envoie un signal, à toutes les femmes qui rêvent de vengeance : ne le faites pas, écrasez-vous. Si vous le faites, ce sera pire qu’avant.
Mais nous, on t’a entendu Alexandra, on a compris que c’est possible et on s’en souviendra.